Opinions
Une opinion de Raamata Thiam, Virginie Van Durmen et Eddy Desmecht du Service d'aide aux justiciables de Tournai.


Telle est l’action de nos gouvernements à l’opposé de notre devise "L’union fait la force". Nous n’acceptons pas la réforme des aides à la promotion de l’emploi (APE).

Ces derniers jours, ces dernières semaines, ces derniers mois, et tous les autres d’ailleurs, les mouvements citoyens s’enchaînent : grève des agents pénitentiaires, manifestation contre la réforme des APE, plaintes et émeutes des prisonniers, manifestations anti-austérité, marches de soutien aux migrants et aux réfugiés, etc.

Est-ce que ces mobilisations citoyennes sont vraiment si différentes ?

Quand un agent pénitentiaire déclare : "Nous ne voulons pas d’un service minimum, nous voulons pouvoir offrir un service maximum"

Quand une employée en poste depuis des années sous contrat subventionné par les aides à la promotion de l’emploi (APE) n’est plus sûre d’avoir un emploi demain…

Quand un prisonnier n’a pas la possibilité de créer et de suivre un plan de détention, et qu’il ne peut pas se réinsérer dans la société, dans laquelle il n’a peut-être jamais été inséré…

Parlent-ils vraiment des langages si différents ?

Ce n’est pas l’agent pénitentiaire, l’employée ou le prisonnier qui sont "trop" râleurs ou "pas assez" proactifs… C’est le service public qui est démissionnaire.

Et si ces trois-là ne se comprennent pas, c’est parce qu’à force d’être pressés comme des citrons, ils n’ont plus de jus, plus de force pour trouver d’autres solutions.

En fait, ils luttent pour la même chose : que le gouvernement, la société, investisse, enfin, dans ses citoyens, dans l’être humain.

Nos gouvernements sont fins stratèges : ils divisent pour mieux régner et nous empêchent de penser un fondamental : nous pouvons être différents et souhaiter l’égalité. Pas besoin de se comparer, de se jauger ni de se juger : nous avons les moyens d’être dignes. En Belgique, nous avons les moyens humains, financiers, culturels, politiques, intellectuels, d’avoir un niveau et une qualité de vie qui nous éviteraient de mendier, de dormir dans la rue, de dealer de la drogue, de travailler 15 heures par jour, de ne pas savoir de quoi demain sera fait.

Parce que nous ne demandons que le changement alors que nous méritons une métamorphose. Ayons le courage de nos ambitions.

C’est de nos gouvernements qu’il s’agit. Les nôtres. Ceux que nous avons élu et qui nous représentent. C’est à nous que les gouvernements doivent rendre des comptes. Nous, vivant sur le sol belge, et contribuant à son développement par notre statut de citoyen, d’ouvrier, d’employé, de consommateur, de producteur. Nous qui, à tous les maillons de la chaîne, permettons à la Belgique d’être un pays où il fait bon vivre.

Alors non, n’acceptons pas une réforme des APE qui mettrait une collègue dans l’incertitude pendant 18 mois, pour la plonger dans la certitude de la précarité par la suite.

Non, n’acceptons pas que le ministre Koen Geens ose jeter la pierre aux agents en les accusant d’imposer aux détenus des conditions de vie inhumaines quand c’est son ministère qui est condamné par la Cour européenne des droits de l’homme.

Non, n’acceptons pas que le service public soit pris en otage par un gouvernement qui a plus des airs de Picsou que, comme il tente de nous faire croire, de Robin des bois, et qu’il refuse de donner aux agents pénitentiaires les moyens d’enfin faire leur travail correctement.

Nous souhaitons qu’Angélique, Olivier et Marc se rencontrent.

Nous souhaitons qu’ils rencontrent tous les autres qui, comme eux, sont laissés pour compte par ceux qui sont censés les représenter.

Nous souhaitons qu’ils se regardent, et qu’ils voient comme nous à quel point ils ont raison de ne plus se laisser faire. Les conditions de travail de l’un ont une influence non négligeable sur les conditions de détention de l’autre et ces conditions de détention ont elles-mêmes une influence sur les conditions de travail du troisième. Tout cela participe au bon développement de la vie en société, à notre bon vivre ensemble à tous.

Nous souhaitons ouvrir la voie, ouvrir la voix, pour que demain soit meilleur qu’aujourd’hui.

Titre et chapeau sont de la rédaction. Titre original : "Au plat pays, notre devise : ‘L’union fait la force’ ou ‘Diviser pour mieux régner’ ?"