Opinions

Une opinion de Pierre Goldschmidt, ancien Directeur Général Adjoint de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique et responsable de la non-prolifération des armes nucléaires dans le monde.

Le gouvernement nous annonce un "pacte énergétique" avant la fin de l'année prévoyant la sortie du nucléaire en 2025. Je suis en faveur des énergies renouvelables, je suis en faveur des économies d'énergie, mais je suis contre tous les dogmatismes y compris anti-nucléaire. Qui donc peu bien gagner à ce que toutes les centrales électronucléaires belges soient fermées en 2025 ? A cette date nos premières centrales de Doel 1 et 2 et de Tihange 1 auront fonctionné sans problème majeur pendant 50 ans. Dans ces conditions pourquoi diable faudrait-il fermer nos centrales les plus modernes et les plus sûres de Doel 4 et Tihange 3 après 40 ans seulement, tant que nos autorités de sûreté ne s'opposent pas à leur fonctionnement pour des raisons objectives de sûreté ou de sécurité ? La raison serait que "il y a la loi et la loi on la respecte". Bien sûr que la loi il faut la respecter, mais quand une loi est mauvaise il faut la changer. Sinon aucun progrès ne serait possible. C'est d'ailleurs pourquoi la loi prévoyant la fermeture des centrales nucléaires belges après 40 ans de fonctionnement, adoptée en 2003 lorsque l'ancien dirigeant de Greenpeace, Olivier Deleuze, était Secrétaire d'Etat à l'Energie, a été revue en 2013 et de nouveau en 2015.

Aux Etats-Unis la Nuclear Regulatory Commission a prolongé la durée de vie d'au moins 74 centrales nucléaires à 60 années de fonctionnement. Certaines d'entre elles ont été construites dans les années '70 comme nos premières centrales. Il ne fait pas de doute que les centrales belges sont aussi sûres sinon plus que les centrales américaines.

La fermeture, pour des raisons purement politiques et dogmatiques, des centrales de Doel 4 et Tihange 3 pour les remplacer par des centrales au gaz sans doute subsidiées par l'Etat belge aura en tout cas quatre effets négatifs majeurs : un effet négatif sur les tarifs d'électricité et sur les dépenses en subsides de l'Etat; un effet négatif sur notre balance des paiements (dû à l'importation de gaz, alors que le coût du combustible nucléaire importé est minime); un effet négatif sur notre sécurité d'approvisionnement (il est beaucoup moins coûteux de stocker du combustible nucléaire que du gaz naturel); et surtout un effet négatif sur l'environnement en accroissant nos émissions de gaz à effet de serre.

Alors franchement qui peut y gagner sinon les politiciens et les groupes de pression dogmatiques ? Ne serait-il pas plus courageux de changer la loi dans l'intérêt général ?