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Denis Mukwege est l'un des deux lauréats du prix Nobel de la paix 2018. Nous l'avions rencontré récemment. Découvrez notre entretien. 

Il arrive un peu tendu au rendez-vous. Raconter sa vie, son œuvre, c’est peut-être lassant, à la fin. Pourtant, après quelques minutes, je vois ses mâchoires se détendre. La passion reprend le dessus. Il est concentré, troublé quand il parle des violences faites aux femmes dans l’Est du Congo ; il cache mal son irritation, son impatience face à l’apathie de la communauté internationale.

L’émotion, la colère, la foi

Puis les questions l’entraînent sur la situation politique au Congo et la perspective des prochaines élections. "Parodie !" Il oscille entre colère et résignation car la situation, dit-il, risque d’être pire après. Lui, candidat ? Non.

Retour au calme, à la sérénité, lorsque nous parlons de sa foi profonde. Le chirurgien s’efface, le pasteur prend la parole comme s’il était face à ses paroissiens. Il plante ses yeux dans ceux de son interlocuteur et transmet une paix, une énergie, une espérance. Moment intense.

Infatigable, il est arrivé en Belgique il y a quelques jours. A participé à plusieurs rencontres. Est parti à Paris pour diverses réunions. Ce mercredi soir, une réception l’attendait au Théâtre de Liège avant de recevoir, le lendemain, le titre de docteur honoris causa de l’Université de Liège qui soutient son action. Une chaire "Docteur Mukwege", consacrée aux violences faites aux femmes, sera créée à Liège.

Séducteur, il suscite des jalousies, tant son aura est forte. Ses détracteurs dénoncent sa mégalomanie, ses amis, belges notamment, exhibent son travail sur place, ses résultats. Le docteur Guy-Bernard Cadière (Saint-Pierre Bruxelles) le rejoint régulièrement à Panzi où ils opèrent à 4 mains.

Après deux semaines européennes, accompagné de Vital, son précieux assistant, il est reparti dans son hôpital de Panzi soigner ces femmes qui l’attendent comme un sauveur. On a parlé de lui pour un Nobel. Il veut juste sensibiliser la communauté internationale, la pousser à agir afin d’assurer ce que ses patientes attendent : la paix. Juste, la paix.

© alexis haulot

"Lorsqu’un homme viole une femme en présence de son mari, de ses enfants, non seulement la victime est traumatisée mais également son entourage."

Dans quelle famille avez-vous grandi ?

Mon grand-père était artisan. Il transformait le minerai de fer en outils agricoles. Très jeune, mon père s’est converti au protestantisme et est devenu pasteur d’une église pentecôtiste à Bukavu. Nous étions neuf enfants : ma mère nous a élevés.

Comment est née votre envie de devenir médecin ?

Mon père était très attaché à ses ouailles. Souvent, il était appelé pour prier pour les malades. Souvent, et même quand il refusait, je l’accompagnais. Un jour, j’avais 8 ans, il s’est rendu au chevet d’un enfant malade qui avait beaucoup de fièvre, il convulsait. Mon père a prié pour cet enfant puis il a dit au revoir. Moi, quand j’avais de la fièvre, mon père priait mais me donnait aussi des médicaments. Là, il n’avait rien donné. Je lui ai dit : "Papa, vous priez et vous partez, pourquoi ne pas le soigner ?" Il a répondu : "Je ne suis pas munganga." (médecin ) J’ai décidé que je serais munganga. Cela a été le fil conducteur de ma vie.

Où avez-vous effectué vos études de médecine ?

Au Burundi, puis j’ai rédigé une thèse en pédiatrie. Je suis revenu au Congo, à Lemera, au sud de Bukavu, où j’ai travaillé pendant un an. M’occuper des enfants malades était une vocation. Mais j’étais seul médecin et je voyais arriver des femmes épuisées, exsangues : certaines mouraient. J’ai réalisé qu’on ne pouvait pas avoir des bébés en bonne santé si les femmes n’étaient pas en bonne santé. Après une année, j’ai décidé d’aller étudier la gynécologie obstétrique à Angers, en France. Puis je suis rentré au Congo, à l’hôpital de Lemera. J’ai compris que la seule façon de prévenir la mortalité maternelle et infantile, c’était d’approcher au plus près les femmes qui en avaient besoin. Nous avons construit des centres de santé autour de l’hôpital. Il fallait également former le personnel : j’ai ouvert une école de sages-femmes et d’infirmiers. Les femmes arrivaient, on n’attendait plus qu’elles soient en situation critique pour les envoyer.

Puis survient la guerre…

Alors que l’hôpital avait grandi jusqu’à 300 lits, couvrant une zone de 150 000 habitants, la guerre a débuté. Et un drame s’est produit : plus de trente malades ont été tués dans leur lit. Sans doute l’œuvre de soldats de l’armée rwandaise et de rebelles. Cela m’a beaucoup affecté. Il m’a fallu près de deux ans avant que je puisse recommencer à travailler. L’hôpital de Lemera a fermé ses portes. J’ai repris mes activités à Bukavu et j’ai décidé d’ouvrir l’hôpital de Panzi. Nous étions en pleine crise congolaise : plus de sept nations africaines se battaient au Congo. La première femme que j’ai accueillie dans cet hôpital n’est pas venue pour accoucher mais parce qu’elle avait été violée. Elle n’avait pas seulement été violée : après, on avait tiré un coup de fusil dans ses parties génitales. Elle était en lambeau. Je croyais que c’était une folie isolée. Mais après 3 mois, j’avais déjà soigné 45 femmes qui présentaient les mêmes violences atroces. Je ne comprenais pas.

© reporters

Le viol est un crime : comment peut-on y ajouter une telle barbarie indicible ?

Aujourd’hui, en 2018, on a dû soigner quelque 50 000 victimes. Et cela ne se calme pas. On soigne encore 150 femmes chaque mois.

Qui et pourquoi ?

En 20 ans, les responsabilités ont beaucoup évolué. Pendant les premières années, l’Est du Congo était occupé par l’armée rwandaise qui avait traversé la frontière pour chercher les Hutus. Les femmes victimes de viol nous disaient que les agresseurs étaient des hommes en armes qui ne parlaient pas la langue locale mais le kinyarwanda. Au fil du temps, on a observé que des militaires congolais faisaient la même chose. Puis il y a eu brassage, un mixage de rebelles dans l’armée et on y a intégré le mal, la violence sexuelle. Aujourd’hui, on constate que ce mal pénètre la société comme une métastase. Des jeunes garçons ont appris ces atrocités dans l’armée et continuent à commettre les mêmes actes quand ils sont démobilisés.

La barbarie n’a pas de limite : les femmes sont violées, mutilées devant leur mari, leurs enfants. Il y a des actes plus sauvages encore de cannibalisme… Pourquoi ?

Je me suis longtemps posé cette question : comment en est-on arrivé là ? J’ai compris ceci. Lorsqu’un homme viole une femme en présence de son mari, de ses enfants, non seulement la victime est traumatisée mais également son entourage. Ainsi la famille est détruite, mais aussi la communauté tout entière et les liens qui lient les hommes, les femmes, les enfants. Ainsi, un tabou tombe. Le viol est devenu une arme de guerre pour détruire les victimes mais aussi les communautés qui perdent toute leur cohésion. On ne peut pas répondre à la question du "pourquoi" sans entreprendre des recherches anthropologiques, sociales, psychologiques, d’où l’intérêt de la chaire universitaire créée ici, à Liège.

De surcroît, ces femmes n’osent pas témoigner, elles ont peur des représailles. L’appareil judiciaire est défaillant, voire inexistant…

Heureusement, de plus en plus de femmes osent témoigner. Nous leur fournissons une aide médicale mais aussi psychologique, juridique, nous les aidons à se réintégrer. Mais c’est difficile car la cellule familiale est souvent détruite. Lorsque les parents sont humiliés devant les enfants, la relation de confiance des enfants est rompue. Il faut étudier le parcours des enfants, observer comment ils se comportent avec leur épouse, leurs enfants, dans la société, puisque leur enfance a été violée.

La force des femmes congolaises est impressionnante. Celles qui survivent sont debout. Certaines appellent leur enfant, né d’un viol, "Dieumerci", "Espérance"…

Moi-même, cela m’étonne. C’est dans la douleur que ces enfants ont été conçus. J’y vois une forme de résilience. Certaines se font avorter. D’autres non alors que, plus tard, l’enfant est rejeté. L’enfant devient une épine irritative. Pourquoi ces différences ? Ce sont des questionnements qu’il faut comprendre.

Que fait la communauté internationale ?

Plus personne, aujourd’hui, ne peut dire : je ne savais pas. Or cela dure depuis 20 ans. Une semaine avant mon arrivée en Belgique, un viol collectif s’est encore produit dans un village. Je ne veux pas croire que le monde n’a pas de solution pour éradiquer cette violence. On peut, on doit faire plus. Nous pouvons soigner. Mais il faut que cela s’arrête. Il faut que les puissances de ce monde jugent inacceptable qu’une partie de l’humanité soit ainsi maltraitée. Or la réponse tarde à venir.

Le Congo est très riche en matières premières. L’Est du Congo renferme du cobalt, du coltan. Mais ces richesses font le malheur de la population locale qui est exploitée.

C’est peut-être pour cela que les solutions tardent à venir. Les belligérants profitent de la situation et de la catastrophe humanitaire de l’Est du Congo. Cela prolonge la crise du Congo. La guerre du Congo n’est pas une guerre ethnique. Certains politiciens et journalistes essaient d’en faire une guerre ethnique. Mais non, c’est une guerre économique, pour contrôler les ressources naturelles du Congo. Une guerre économique qui se fait contre le corps des femmes : c’est une honte pour notre humanité.

Pourquoi le conflit perdure-t-il ?

C’est tout simple : il manque une volonté politique pour arrêter cela et pour assurer la paix en République démocratique du Congo. Ce message, je l’ai reçu des victimes. Quand on demande à ces femmes violées ce qu’elles souhaitent en priorité, la réponse est unanime : la paix. Elles ne veulent pas du riz, des haricots : elles savent cultiver. Mais elles ne peuvent pas produire de la nourriture, aller au champ, s’éloigner de leur village sans être violées. Elles ne peuvent pas aller chercher de l’eau, du bois de chauffe, aller au marché pour vendre le produit de leur récolte sans être violées. L’aide essentielle, durable c’est cela et uniquement cela : c’est la paix.

© alexis haulot

"Des élections au Congo ? Une parodie d’élections !"

Pensez-vous que les élections au Congo puissent améliorer la situation des Congolais ?

Ce n’est pas un problème d’homme, mais bien un problème de système. Si le système ne change pas, rien ne changera. Ce seront les mêmes acteurs, avec les mêmes recettes qui vont reproduire le même modèle. C’est le système congolais qui doit changer, pas uniquement les individus.

Des élections vont avoir lieu, c’est déjà cela…

Ah oui ! La Constitution prévoyait des élections présidentielles en 2016, nous sommes en 2018. Les Congolais veulent des élections libres, transparentes, équitables et crédibles. Et ce ne sera pas le cas. Pourquoi donc accepter ces élections, juste pour légitimer un pouvoir qui symbolise tous les maux de notre pays ?

Que préconisez-vous ?

Il aurait fallu une transition citoyenne pendant laquelle un gouvernement civil aurait eu pour tâche d’organiser des élections crédibles, libres et transparentes qui permettraient l’apaisement. Sinon, ce sera une parodie d’élections et nous aurons les mêmes hommes, les mêmes recettes et donc les mêmes conséquences : le Congo ira plus mal qu’aujourd’hui.

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Parodie d’élections : pourquoi ?

Pourquoi ? Voyez la loi électorale : elle prévoit que pour être député national, il faut payer 1 000 dollars. Comment voulez-vous qu’un enseignant, un fonctionnaire, dans un coin perdu du Congo, qui veut défendre sa communauté, trouve ces 1 000 dollars ? Huit Congolais sur dix vivent sous le seuil de pauvreté absolue, avec moins de 1,25 dollar par jour ! Si 8 Congolais sur 10 ne peuvent se présenter, il n’y a pas équité. Cette barrière financière ne laissera passer que ceux qui ont des moyens, c’est-à-dire des hommes du système qui seront donc subordonnés au parti au pouvoir, le seul représenté partout. Pourquoi ne pas prévoir une caution par signature ?

Il y aura quand même des candidats indépendants…

Oui, mais la loi impose aussi un seuil : pour être élu député, il faut que, sur le plan national, vous soyez en mesure d’obtenir un pourcent d’électeurs. Donc, il faut être dans un groupe, dans une plateforme. Qui crée ces plateformes ? Des gens du système ! Il n’y aura pas de candidat député véritablement indépendant. J’ajoute que la Commission électorale est tout sauf indépendante, elle répond au pouvoir en place. Elle a prévu un vote électronique. Mais une grande partie de la population ne pourra pas utiliser cette machine à voter : seulement 9 % de la population ont accès à l’électricité. Comment ces machines vont-elles fonctionner dans des villages reculés où il n’y a pas d’électricité ? Avec des groupes électrogènes ? Admettons. Mais la population n’est pas prête : que fait-on avec ceux qui ne savent ni lire, ni écrire ? Beaucoup verront un ordinateur pour la première fois. Enfin, la campagne électorale est biaisée : des jeunes qui ont manifesté pour refuser la machine à voter ont été battus. Je les ai soignés à l’hôpital.

Ne soutenez-vous aucun autre candidat ?

Beaucoup de candidatures ont été validées de façon douteuse. Donc comment voulez-vous qu’on se réjouisse de ces élections ? J’ai peur que le Congo, après ces élections, soit pire qu’aujourd’hui. C’est ma crainte.

Vous auriez pu être ce candidat indépendant. On vous a prêté des ambitions politiques…

Les gens me prêtent des intentions. Mais j’ai toujours été constant. Quand j’aurai des intentions, je viendrai vous le dire à La Libre Belgique

© alexis haulot

"Ma foi profonde m’aide à aller de l’avant"

Au plus fort de la crise, vous travailliez plus de 15 heures par jour, sans congé. Comment vous êtes-vous ressourcé ?

Lorsque les femmes qui ont été violentées passent par le processus multidisciplinaire de guérison que nous leur proposons, les femmes deviennent très fortes. Leur force est un de mes plus grands moteurs. Leur joie, leur capacité à se battre sont étonnantes. Certaines femmes, violées à dix ans, réussissent à obtenir un diplôme de master : c’est très encourageant. Les aider à se reconstruire procure une joie profonde. C’est cela, ma force. Il y a, aussi, bien sûr, ma femme et mon entourage.

Votre foi vous aide aussi…

Oui, je suis croyant. J’ai une foi profonde. Cela m’aide à aller de l’avant. Je crois en une chose : quand je vois l’homme, quand je vous vois, c’est à travers vous que je peux croire en Dieu. Pour moi, vous aimer, c’est aimer son prochain comme soi-même. C’est un défi formidable. C’est un acte d’amour que l’on peut poser toute sa vie, aimer les autres, regarder les autres comme soi-même. Certains cherchent Dieu au ciel. Moi, je le cherche en vous, en mon prochain. Moi, je veux faire à l’autre ce que je voudrais qu’il me fasse. Si chacun pouvait comprendre et appliquer cela, alors nous ferions un monde merveilleux. C’est cela ma foi. Je ne suis pas religieux. C’est à travers l’homme que je cherche Dieu. Chacun peut comprendre que son prochain est l’image de Dieu : si je veux Dieu, je vous regarde, vous. Appliquons tous cela et le monde serait meilleur. Malheureusement, notre monde ne fonctionne pas comme cela. Nous croyons que nous avons droit à tout et que les autres n’ont droit à rien. Ma foi est basée sur l’amour. J’aime mon prochain comme moi-même. C’est un idéal, difficile à atteindre, mais pour moi, cet idéal peut créer un monde juste.

Pensez-vous à la mort ?

Je n’ai pas peur de la mort.

Pourtant vous avez déjà frôlé la mort, on a essayé de vous tuer…

Oui, mais je n’ai pas peur de la mort. Je considère qu’à partir du moment où vous naissez, on devrait aussi vous signer un acte de décès. Il n’y a pas de naissance sans mort : les deux phénomènes vont ensemble. Si on ne veut pas mourir, il ne faut pas naître.

Qu’y a-t-il après la mort ?

Je ne suis pas mort, je ne peux pas vous répondre.

Vous êtes aussi pasteur. Vos gestes sauvent. Vos paroles peuvent-elles aussi soulager ?

Mes paroissiens savent que, lorsque je me lève, je vais leur dire : "Aime ton prochain comme toi-même." Les gens me regardent parfois comme s’ils attendaient un miracle. Le miracle, c’est le travail. L’amour, on peut le donner. On n’en fait pas assez pour les autres : nous nous enfermons dans le moi, dans l’égoïsme. Il faut développer un altruisme intéressé : quand je vous fais du bien, c’est aussi parce que j’attends du bien en retour. C’est cela qui peut transformer notre monde. Le bien, c’est l’amour réciproque.

Le pasteur aide-t-il le chirurgien ?

Ma compréhension est autre. Dans la Genèse, Dieu dit que nous devons dominer le monde : assujettissez la Terre. Pour moi, assujettir le monde, c’est donner à la vie sur la Terre une forme, un but centré sur l’homme. Nous devons faire de notre monde un endroit respectueux. Or nous sommes dans la surconsommation, nous sommes en train de détruire la Terre. C’est biblique, ce que je dis, ce n’est pas écologique.

Qu’est-ce qui vous a construit, finalement ?

Je me suis construit par mon éducation, mes parents. La vie de mon père a été consacrée aux autres. Il s’est privé de beaucoup de choses pour le bien des autres. Parfois, en famille, on ne comprenait pas. Les autres passaient avant lui. Cette ouverture aux autres qu’il avait m’a beaucoup construit.

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"La chaire universitaire créée à Liège, c’est un rêve"

L’Université de Liège a décidé la création d’une chaire internationale Mukwege, sur la violence faite aux femmes et aux filles dans les conflits. Qu’en attendez-vous ?

Cette chaire, initiée par le professeur émérite Véronique De Keyser avec Adelaïde Blavier, c’est un rêve. Après tant de travail sur les violences sexuelles, je commençais à vivre une frustration. Cette démarche vise à développer les recherches interdisciplinaires dans le domaine des violences sexuelles à l’égard des femmes et à fédérer sur cette thématique les connaissances de différents partenaires et universités dans le monde. Car le problème n’est pas que médical, il est aussi psychologique, juridique, anthropologique, économique. Le problème embrasse plusieurs disciplines. Nos soins sont devenus holistiques et comprennent tous ces aspects. Cette chaire va permettre aux générations à venir de comprendre ce que nous n’avons pas compris. La violence sexuelle a toujours été utilisée dans les conflits. Mais nous sommes dans une société patriarcale qui ne fait aucun effort pour essayer de comprendre la peine que l’on inflige aux victimes. J’ai rencontré des victimes sur presque tous les continents. J’ai vu des Sud-Coréennes et des Thaïlandaises victimes de violences sexuelles de la part de l’armée japonaise. Certaines ont aujourd’hui 95 ans et continuent à manifester, en chaise roulante, pour réclamer des excuses du Japon, plus de 70 ans après. Ce drame reste présent à jamais dans les consciences.


Kivu, une BD de Van Hamme et Simon

On signalera la sortie récente d’une BD (collection Signé, Éditions Le Lombard) écrite par Jean Van Hamme et dessinée par Christophe Simon. Le scénario : un jeune ingénieur est envoyé par une société belge au Kivu, dans l’Est du Congo. Il y croise la route de Violette, 12 ans, rescapée d’un massacre. Il refuse de la livrer aux milices locales avec lesquelles il est supposé conclure un accord. Il y rencontre le docteur Mukwege.


Sa Bio Express

1955. Naissance à Bukavu, au Congo, le 1er mars.

1976. Études de médecine au Burundi, thèse en pédiatrie.

1983. Il commence à travailler à l’hôpital de Lemera, au sud de Bukavu, puis part à Angers réaliser une spécialisation en gynécologie.

1996. Son hôpital est détruit, 30 patients sont assassinés. Il se réfugie à Nairobi.

1998. Il fonde l’hôpital de Panzi, à Bukavu, dans le Sud-Kivu, où il découvre une nouvelle pathologie : la destruction volontaire des organes génitaux des femmes. Dans l’Est du Congo, le viol est devenu une arme de guerre.

Il est aussi pasteur chrétien évangélique de courant pentecôtiste.

Le docteur Denis Mukwege a reçu d’innombrables distinctions et prix dont le prix des droits de l’homme des Nations unies, de la Fondation Roi Baudouin, le prix Sakharov du Parlement européen, de la Fondation Jacques Chirac, de la Fondation Clinton, etc.