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La fin de l’année est là, avec ses bulletins. Les parents se rendent à la réunion des professeurs pour entendre les commentaires des cotes chiffrées qui, parfois, sanctionnent un échec, voire un redoublement. Souvent, les enseignants leur déclarent : "Il ne travaille pas assez ! Il n’a pas une bonne méthode de travail ! Il est distrait !… Il manque de maturité !" Des sentences qui tombent comme si elles donnaient la cause de l’échec, et donc sa solution. De retour à la maison, ils se disent qu’il faudra serrer la vis, recourir à des cours particuliers, à une école de devoir.

C’est vrai que les échecs sont dus à un manque de travail, de méthode, de concentration ou de maturité. Mais que se cache-t-il en fait derrière ces attitudes ? D’abord, il faut écarter les problèmes "objectifs" d’apprentissage qui sont aujourd’hui clairement répertoriés par la psychologie moderne et encore trop souvent ignorés des enseignants. Les plus connus sont les dyslexies et les dyscalculies qui commencent à être prises en compte dans l’apprentissage du français ou des mathématiques. Elles peuvent prendre des formes plus complexes que le seul intervertissement de lettres ou de chiffres et, de ce fait, avoir un impact sur d’autres cours.

Ensuite, il y a les troubles de l’attention qui peuvent résulter d’une hyperactivité, de structures mentales différentes de la "norme", d’une grande émotivité, voire de troubles psychiatriques dont les premiers symptômes apparaissent parfois à l’adolescence. Les surdoués ou les hauts potentiels peuvent aussi collectionner les échecs en boycottant leurs contrôles et leurs examens pour être comme les autres. Et puis, il y a les élèves qui ont une capacité intellectuelle limitée, car nous ne naissons pas tous égaux.

N’oublions pas que pour toutes ces situations, il existe des tests et des solutions. Tous ces troubles de l’apprentissage ne représentent qu’une petite partie des causes d’échec. Souvent, ils résultent simplement d’un mal-être profond qui bloque le processus d’apprentissage des élèves. Eux aussi souffrent des situations de divorce ou de séparation, de conflits familiaux, de maladie d’un proche, de deuil, de problèmes financiers ou de chômage des parents. Et face à leur puberté, ils peuvent vivre difficilement la transformation de leur corps qui les plonge dans l’univers de la sexualité. Alors, ils perdent l’envie de l’effort, leur concentration se brouille, ils s’enferment dans de mauvaises méthodes d’apprentissage et, parfois, ils se réfugient dans l’imaginaire ou dans le monde de l’enfance pour ne plus souffrir.

Trop souvent, j’ai vu des élèves étiquetés "mauvais" qu’il fallait réorienter en toute urgence, et qui, quelques mois, voire quelques années plus tard, avaient résolu leur problème d’apprentissage. Leur écriture s’était stabilisée, leur raisonnement était devenu logique et leurs réponses structurées. Alors, on entend dire : "Ils ont trouvé leur voie !" Ces petits miracles s’expliquent par le fait qu’ils ont cicatrisé leurs blessures et que, maintenant, ils se sentent bien dans leur peau et ont une estime d’eux-mêmes suffisantes pour affronter l’école et ses exigences.

Pour aider l’enfant ou l’adolescent à dépasser ses échecs, les parents doivent construire un dialogue de confiance qui va lui permettre d’exprimer son mal-être et eux, de reconnaître ses difficultés pour sentir qu’il n’est pas seul à porter le poids de ses échecs. Alors, il pourra se relever en prenant sa part de responsabilités, ce qui le conduira à nouveau sur le chemin de la réussite. Peut-être que pour certains, il faudra envisager une psychothérapie pour les aider à guérir de leurs blessures trop profondes qui handicapent l’apprentissage.