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`Le´ candidat de la démocratie et de la République très largement élu, pratiquement plébiscité par les électeurs de droite et de gauche réunis; l'abstention repassée sous la barre des 20 pc; des votes pour l'extrême droite bloqués en-dessous de leur niveau du premier tour.

Le cauchemar éveillé du 21 avril ne s'est pas reproduit et le séisme sans précédent du premier tour n'a pas connu de réplique ce dimanche. On constate même que cet épisode a provoqué un véritable électrochoc positif, dans la rue d'abord, dans les urnes ensuite.

Tout est donc bien qui finit bien? Le soulagement ne peut pourtant pas être, raisonnablement, à la mesure de l'effroi suscité par les résultats d'il y a quinze jours. Il serait en effet peu lucide, et sans doute dangereux, d'analyser les événements récents comme un simple accident, voire comme un bref moment d'égarement sans conséquence.

D'abord, si Jean-Marie Le Pen n'a évidemment pas été élu et s'il n'a pas atteint le score de 30 pc qu'il s'était fixé, ses électeurs du premier tour - un sur six votants - ont à peine été ébranlés par la mobilisation démocratique. Il n'est donc pas sûr que le vote-référendum du 5 mai, historique par son ampleur et plus encore par sa nature, suffira à tout remettre en place, effaçant par sa vertu les symptômes qui ont produit le vote-rejet du 21 avril. Sur le fond du malaise exprimé spectaculairement il y a deux semaines, rien n'est vraiment réglé.

D'ailleurs, l'ampleur même du score de Jacques Chirac révèle surtout une remobilisation de l'électorat de gauche qui, si elle se prolongeait lors des prochaines élections législatives, devrait provoquer une configuration politique - Chirac à L'Elysée, une majorité de gauche au Parlement - génératrice d'une nouvelle période de confusion dont se nourrit l'extrême-droite.

Si tout invite donc les Français à une vigilance maintenue, leurs voisins européens conservent pour leur part des raisons de redouter la répétition chez eux, lors de prochaines échéances électorales, de ce qu'on appellera le syndrome du 21 avril. Aucun pays d'Europe, aujourd'hui, ne semble en effet immunisé contre l'expression incontrôlée de relents populistes suffisamment forts pour polluer l'ensemble du débat politique et pour peser négativement sur les formations démocratiques traditionnelles.

C'est en cela que le réveil, même tardif, d'une grande majorité de citoyens français, ce 5 mai, mérite d'avoir un très large écho au-delà de l'hexagone, afin que les Européens prennent conscience du danger sans devoir eux-mêmes s'y brûler les mains.

© La Libre Belgique 2002