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GSM, iPhone, MP3, iPod, iPad, PC, Mac Autant de termes qui appartiennent à la sphère des "NTIC" ou "nouvelles technologies de l’information et de la communication". Si, pour certains, ces termes peuvent paraître abstrus, pour la grande majorité des jeunes, ils font partie intégrante de leur vie quotidienne.

Selon une enquête réalisée en 2009 auprès de 2 800 jeunes âgés de 12 à 15 ans, dans dix écoles du Brabant wallon et une en province du Hainaut, 99,6 % des jeunes disposent d’un ordinateur et d’une connexion Internet. Ils sont également 95 % à posséder un GSM, parfois deux. Leur GSM est souvent équipé d’un appareil photo numérique (83 %), d’un lecteur MP3 (76 %) et d’un accès Internet (63 %). "Un peu partout en Belgique, il y a des écoles dites "huppées" et d’autres un peu moins bien loties. Je partais donc du principe que comme ce type d’appareillage ou d’équipement représente un certain coût, j’allais retrouver une fracture numérique sociale entre ces deux publics", confie Christophe Butstraen, médiateur scolaire pour le Brabant wallon et auteur de l’enquête. Or, "en réalité, il n’y a pas de fracture du tout; en tout cas, s’il y en a une, elle est absolument minime et beaucoup moins importante que ce que les pouvoirs politiques ont pu affirmer à un moment donné". En clair : "Dans les écoles en difficulté, il y a autant d’iPhone voire plus que dans les écoles censées accueillir des jeunes issus de milieux plus favorisés."

En revanche, Christophe Butstraen a constaté une "fracture numérique générationnelle" : les adolescents sont "mieux équipés que les adultes, nettement plus à l’aise avec la manipulation de l’outil informatique ou du GSM, plus souvent connectés, et au courant de l’actualité du Web".

Et dans l’enceinte de l’école, cette fracture est plus patente que jamais. Alors que les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont en évolution permanente et s’immiscent chaque jour un peu plus dans les classes, le fossé se creuse entre cette génération d’"ados multimédias", et les enseignants et équipements technologiques des écoles. "Pour ce qui concerne les TIC, l’école est restée l’école du XXe siècle. Et ce, même s’il existe un certain nombre d’initiatives très heureuses et d’endroits où les choses se passent mieux", juge André Delacharlerie, responsable de l’Observatoire des TIC à l’Agence wallonne des télécommunications (AWT).

Selon une vaste enquête réalisée en 2009 par l’AWT sur les usages et équipements TIC des écoles (primaires, secondaires, spécialisées et de promotion sociale), 53 400 ordinateurs à vocation pédagogique étaient utilisables en région wallonne fin 2009. Soit, pour 100 étudiants, un taux de 8,5 ordinateurs dans l’enseignement de plein exercice, contre une moyenne européenne de 11,4 Sans compter qu’à peine un quart de ces ordinateurs sont récents (moins de 2,5 ans). Des résultats qui pour l’AWT "montrent clairement un retard de la Wallonie dans l’équipement informatique de ses écoles".

Toutefois, conscient de ces lacunes, le gouvernement wallon a lancé le projet "Cyberclasse" en mai 2009, qui succède au projet "Cyberécoles". L’objectif est ambitieux : installer d’ici 2012 dans les 3 362 implantations scolaires (580 000 élèves) quelque 40 000 ordinateurs, 3 300 serveurs et câbler plus de 7 000 locaux. Bien que le projet a pris du retard, "aujourd’hui, plus de 500 écoles sont équipées d’une cyberclasse fonctionnelle", informe-t-on au cabinet du ministre wallon des Technologies nouvelles, Jean-Claude Marcourt (PS). "On vient de très loin, reconnaît-on. Il y a un an et demi, à peine trente classes étaient équipées." Aujourd’hui, sur les 40 000 ordinateurs promis, 15 000 ont déjà été installés.

"Utiliser les TIC est presque inné chez nos enfants; par contre, l’usage qu’ils en font, c’est le rôle de l’enseignement. Et les enseignants en sont conscients", affirme-t-on au cabinet Marcourt.

Pour André Delacharlerie, "les compétences des jeunes sont orientées vers le ludique et le multimédia et totalement maîtrisées par une part considérable de jeunes, pas tous néanmoins, alors que ces compétences-là ne sont pas dans les mains ou la tête de beaucoup d’enseignants". Et Christophe Butstraen de préciser : "95 % des ados utilisent le réseau social Facebook, mais seul 1 sur 5 utilise l’ordinateur dans un but scolaire." Or, défend M. Delacharlerie, "le vrai développement social et personnel passe par une participation plus active que la simple "consommation" de TIC, c’est-à-dire être capable de créer, construire, raisonner et interagir par rapport à des compétences informatiques et bureautiques (utiliser Excel ou Power Point, faire du traitement de texte, créer une adresse URL, etc.) Ce sont des compétences que l’école, presque seule, peut apporter aux jeunes." Tout comme l’éducation aux dangers d’Internet, au téléchargement illégal, aux spams car "si les jeunes maîtrisent les fonctions qui sont données par des outils comme Facebook, aucun n’a la moindre idée de la législation en cours", s’inquiète M. Butstraen.

Dans cette optique, la Communauté française a initié le projet, sur base volontaire, "Passeport TIC", à l’intention des élèves du cycle 8-12 ans du primaire et des maturités 3 et 4 du primaire spécialisé ainsi que du 1er degré du secondaire et des formes 3 et 4 du secondaire spécialisé. But ? Eduquer les élèves à un ensemble de compétences significatives dans le domaine des TIC et en attester leur maîtrise. En 2009, "Passeport TIC" a ainsi touché 8 000 élèves. "Nos modules sont axés sur le pédagogique, mais aussi sur l’attitude citoyenne : comment réagir vis-à-vis des spams, naviguer sur Internet, télécharger des photos sans être hors-la-loi, etc.", décrit Luana De Maggio, chargée de mission au Service général du pilotage du système éducatif à la Communauté française.

Mais les enseignants sont-ils suffisamment préparés, formés face à cet afflux incessant de nouvelles technologies ? "Région wallonne et Communauté française travaillent main dans la main pour former les enseignants. Si les premiers modules de formation TIC abordaient la maîtrise des outils, aujourd’hui, ils en visent l’usage", explique-t-on au cabinet Marcourt. Pour André Delacharlerie, néanmoins, "la formation stricto sensu n’est pas suffisante : il faut encourager, via des animations, les enseignants à se mettre ensemble, co-développer des ressources, les partager, mettre en relation leurs classes " Nonobstant, si la génération actuelle des enseignants doit s’atteler à appréhender ces TIC, "d’ici 10-15 ans, fait remarquer Christophe Butstraen, commenceront à arriver sur le marché de l’emploi de jeunes profs qui ont été à la base du succès de ces NTIC."