Opinions Les humains cherchent, sans même le savoir, la lumière qui leur permet de tracer un chemin de vie. Certains, il y 2000 ans, ont mis leurs pas dans ceux d’un homme, Jésus. Belle et lumineuse fête de Noël à tous.

Il peut, j’en conviens, paraître incongru de se réjouir d’une perspective aussi lointaine au moment même où l’hiver s’installe officiellement. Et cependant, le constat est parfaitement objectif : le solstice d’hiver correspond au moment où de précieuses minutes commencent, jour après jour, à grappiller de la lumière. Raison pour laquelle depuis l’aube des temps, dans la plupart des cultures, des fêtes ont célébré ce qui paraît bien une victoire du soleil sur les ténèbres, de la vie sur la mort. Et leur indissoluble proximité : c’est lorsque l’hiver est le plus rude qu’il est bon de célébrer l’espérance du printemps - et il est sage, au moment de fêter la venue de l’été, d’apprécier la fragilité de ce foisonnement : déjà, les jours raccourcissent…

Après la nuit, l’aurore

"Elle a vu le jour", dit-on pour évoquer la naissance d’une personne; "elle s’est éteinte", dit-on lorsque vient le moment de la mort. Vivre, c’est venir à la lumière. Lorsqu’elle est profonde, obscure, sans étoiles, la nuit réveille les peurs, car elle est aussi le lieu de tous les dangers. Impossible de trouver son chemin, d’éviter l’ornière ou l’obstacle, de fuir les ennemis invisibles. En toute réalité, on ne sait plus où l’on en est, on ne sait pas où l’on va, on est perdu.

Peut-être les ténèbres intérieures sont-elles plus douloureuses encore. Car si la nuit finit toujours par céder la place à une aurore - même incertaine, même grise -, si le printemps finit toujours par refleurir, il est désespérant d’avoir le sentiment que la vie tourne indéfiniment en rond, d’être comme Sisyphe, peinant à monter un rocher qui finit toujours par dégringoler. Les espoirs déçus, les échecs, la solitude, les petites et grandes trahisons pèsent des tonnes et il n’est rien d’aussi décourageant que de subir sa vie, avec la conviction que l’on ne peut rien y changer, qu’il n’y a plus qu’à se laisser porter par le flot des jours uniformes.

Combien d’hommes et de femmes ploient, comme résignés, sous cette pesanteur des choses, "foule sentimentale" (comme chante l’ami Souchon) irrésistiblement attirée par le grand large mais qui en est réduite à vivre par procuration, parce qu’elle n’ose plus rêver. Danser avec les stars, être le meilleur pâtissier, aduler Kevin De Bruyne, Johnny Hallyday, Beyoncé ou la princesse Kate parce qu’ils/elles sont le miroir aux alouettes brandi dans les médias, c’est toujours ça de pris sur la nostalgie d’une grande évasion impossible.

Que quelqu’un arrive

Il faudrait que quelque chose se passe. Que quelqu’un arrive, qui sauverait les humains pris au piège de leur impuissance comme on piège les oiseaux à la glu. Les replis identitaires et la montée de l’extrême droite en Europe ont de quoi alerter, de même que les discours populistes dégoulinants de promesses qui sont autant de leurres aussi séduisants que vides. Faut-il que le désenchantement ait à ce point gagné du terrain, que le premier histrion venu soit capable de transformer des vessies en lanternes ? Faut-il que les humains se sentent perdus pour qu’ils s’en remettent à des bateleurs, juste parce que ceux-ci prétendent leur tracer un chemin ? Mais au fond, peut-être en a-t-il toujours été ainsi, peu ou prou. L’empereur de Rome distribuait du pain et des jeux pour asseoir son pouvoir; les führer, duce et autres prophètes de lendemains fabuleux n’ont guère eu de mal à faire le rapt des espérances : à qui se sent en danger, la première main tendue est une aubaine, même si c’est une main de fer. Et le scintillement des néons ou des écrans de TV finit, on le sait, par voiler la magnificence des étoiles…

Le salut germe dans ce qui est petit

Oui, les humains cherchent, sans même le savoir parfois, la lumière qui leur permettra de tracer un chemin de vie. Certains la trouvent dans le flambeau de la raison; d’autres dans l’art ou la nature; d’autres encore, il y 2000 ans, ont mis leurs pas sur le chemin tracé par un homme, Jésus (les premiers disciples, on l’oublie souvent, s’appelaient eux-mêmes "les adeptes de la voie"…). Pour eux, c’était lui la lumière qui rend sauf du danger de se perdre, d’être un "mort-vivant". Il était, lui, tellement vivant que même la mort n’a pu le retenir dans ses griffes. Et c’est pour cela que les premiers chrétiens se sont approprié la grande fête romaine du Sol invinctus (le Soleil jamais vaincu) au solstice d’hiver, pour célébrer la venue de celui qui leur ouvrait toutes grandes les portes de l’espérance d’un monde réconcilié, fraternel et juste.

Les récits - qui ne prétendent pas à l’historicité - parlent de savants étrangers qui suivirent une étoile, sans trop savoir où elle les mènerait, et qui découvrirent, émerveillés, que le miracle de la vie et tout ce que l’on peut savoir de Dieu est tout entier contenu en une chair de nouveau-né, fragile et désarmée. Que le salut - ce qui nous rend saufs de la destruction - n’est pas à chercher du côté des pouvoirs établis, mais germe dans ce qui est petit, ignoré de ceux qui prétendent tout savoir.

Ami-es lectrices et lecteurs, que vous soyez ou non disciples de cette Voie, quel que soit le nom que vous donnez à votre étoile, quelle que soit votre marche, puissions-nous, ensemble, célébrer la lumière qui nous accompagne. Et en être suffisamment habité-es pour l’offrir à celles et ceux qui en ont tant besoin - cadeau sans prix.

Belle et lumineuse fête de Noël, belle et lumineuse année 2018.