Opinions
Une chronique de Gisèle Verdruye, professeur de français dans une école secondaire.


Eternel recommencement ! Voici à nouveau le temps venu des évaluations, examens, CEB, CE1D et autre CESS : jargon réservé à la fraction de la population qui est directement concernée, à savoir les enseignants, les élèves et leurs parents ! Et bien sûr, en cette période plus que particulière, les nerfs des uns et des autres sont soumis à rude épreuve. Car si la partie se joue évidemment durant toute l’année grâce à l’acquisition progressive des savoirs et compétences, la saison où tout se concentre se vit intensément par tous les protagonistes !

Dans le camp des élèves, on se prépare dans un mélange subtil d’enthousiasme, à la perspective de ce qu’il y a au-delà du mois de juin, et d’appréhension, à l’idée qu’une défaillance vienne gripper les rouages de la belle mécanique mise en place pendant l’année. Bien sûr, ces deux sentiments très généraux se modulent en fonction des caractères, des acquis et des choix qui ont été posés en amont. Certains savent sereinement vers quoi ils se dirigent tandis que d’autres, audacieusement, comptent un petit peu plus sur leur bonne étoile ou leurs ressources "parallèles".

Il serait facile d’ensuite considérer séparément les deux autres équipes en isolant les parents des enseignants. C’est vrai que d’ordinaire, bien qu’ayant tout deux le même objectif de transformation de la chenille en papillon, les deux groupes vivent différemment la confrontation finale de la remise des bulletins de fin d’année.

Pourtant, cette année, les circonstances entourant la période des diverses épreuves va rapprocher immanquablement ces deux pôles ! En effet, comme tous les quatre ans, l’alignement des planètes amène une conjonction particulière : le mondial de football succède pratiquement immédiatement au tournoi de Roland-Garros ! Si le tennis intéresse et captive, il faut reconnaître qu’il est assez simple de résister à la tentation une fois les sportifs belges éliminés. Le football, au contraire, fédère beaucoup plus longtemps étant donné que de nombreux joueurs qui défendront chacun les couleurs de leur pays sont connus au-delà des frontières de leur nation. Le mondial devient alors un moment de communion populaire !

Difficile de l’ignorer. L’événement s’invite dans les conversations et surtout dans les préparations et les présentations des divers examens que les chères têtes blondes, de tous âges, vont devoir affronter. Cela dit, contrairement à d’autres éditions, les créneaux horaires vont être probablement moins pénibles à gérer. Souvenez-vous des affres subis par ceux qui s’efforçaient de réussir leurs examens tout en restant au courant de l’épopée de l’équipe belge au Mexique en 1986 ! La gestion extraordinairement compliquée des périodes de sommeil, d’études et de matchs a rendu plus d’un parent fou d’angoisse. Et on ne parle pas du stress des profs qui, corrigeant un examen ayant eu lieu un lendemain de match des Belges, se demandaient quels trésors de compréhension il leur faudrait déployer ! Et voilà que cela recommence avec 32 ans d’évolutions technologiques mises au service des moyens de diffusion les plus efficaces et les plus discrets. Gageons que l’antisèche (appelé aussi "copion") subira la sévère concurrence de la diffusion de match dans la manipulation du meilleur ami de l’élève : le smartphone !

Alors, cette année, enseignants et parents, unissons nos efforts pour tenir bon ! Ne cédons pas à toutes les sirènes du sport ! Une fois Roland-Garros remisé au placard, insistons sur la régularité des périodes d’études alternées avec des moments d’oxygénation en extérieur et sans écran ! Et quand, une semaine à peine plus tard, les tentations reviendront en masse, sachons négocier les efforts studieux et les pauses footballistiques ! Et ne mégotons pas sur la nécessité du vrai sommeil réparateur ! Bref ! Résistons au côté obscur de la Force !