Opinions A Bristol

Les stéréotypes associent volontiers "l’anglitude" à l’amour des lois et la sévérité. L’enseignement fait-il exception à ces valeurs fondamentales que chérissent les habitants d’outre-Manche ? Le moins que l’on puisse dire est que ce secteur est hiérarchisé et réglé comme du papier à musique.

Sur l’île Britannique, point d’inspecteur extérieur pour évaluer les professeurs, mais un système interne solidaire et productif. Résultat : une adaptation publique de la sphère privée où chaque acteur a la parole, des directeurs aux différents professeurs, en passant par les élèves. "Nous ne sommes jugés que par nos pairs", annonce d’emblée Ros Smith.

Professeur de mathématiques dans un collège du Somerset pendant près de quinze ans, elle explique le fonctionnement de l’établissement. "Tous les professeurs se regroupent par aptitudes, qu’elles soient littéraires, scientifiques, sportives ou autres. Chaque filière est régie par un professeur nommé titulaire du département. Entre chaque ‘sous-groupe’ d’enseignants, nous nous aidons régulièrement pour améliorer nos compétences."

Cette entraide peut d’ailleurs s’avérer formelle ou informelle. "Il n’est pas rare qu’un collègue assiste au cours pour s’inspirer ou pour donner des idées. Mais en parallèle à ces assistances amicales et occasionnelles, nous sommes observés au moins une fois par an par notre titulaire et notre directeur", poursuit-elle.

De cette évaluation annuelle, en découle un entretien qui se veut surtout constructif. "Nous établissons les points faibles et forts de l’enseignement donné et tentons d’établir un programme de soutien en cas de problème", explique cette enseignante. Une exception pour le cycle secondaire ? Non, tous les niveaux d’éducation fonctionnent de cette manière. Et sur quels critères les professeurs sont-ils évalués ? Tout dépend de la charte de performance établie par le directeur lui-même.

Dans une réelle position prédominante, le chef d’établissement est même apte à octroyer des primes aux enseignants compétents. Si d’ordinaire, des plafonds salariaux existent, il est néanmoins le seul à pouvoir décider de la promotion des professeurs sous son autorité.

Cette souveraineté n’est cependant pas totale, puisque le directeur, en tant que représentant de son établissement, est à son tour jugé par une inspection supérieure.

Ce groupement extérieur, appelé l’Ofsted (The Office for Standards in Education), remplit, lui, une mission globale. Son rôle : contrôler l’école dans son ensemble, la qualité de son enseignement, la gestion, le comportement, la réussite, la sécurité et le bien-être des élèves. "L’inspection de l’établissement peut prendre quelques jours ou plusieurs semaines selon les manquements", souligne une collègue de Ros Smith, enseignante dans le cycle primaire.

Chaque domaine peut alors passer sous la loupe des inspecteurs, et cela, à répétition si nécessaire. "Il s’agit d’un moment stressant où chaque membre de l’école subit une forte pression. Tout peut être contrôlé, et ce, sans avertissement préalable", continue-t-elle.

Pour les établissements plus faibles, des mesures spéciales peuvent même être prises afin de remonter la pente. Dans ces rares cas, certains membres de l’établissement peuvent être remis en cause et, éventuellement, remplacés. Une situation exceptionnelle, tant les entretiens d’embauche sont sélectifs.

En effet, se prétendre professeur n’est pas une sinécure au Royaume-Uni, puisque le candidat-enseignant doit avant tout faire ses preuves. "Après une sélection drastique par CV, les personnes retenues sont invitées à donner une leçon dans une classe et sont ensuite interrogées sur leurs compétences", détaille Ros.

Aucun enseignant de tout niveau ne coupe à cette sélection à l’entrée, et cette évaluation continue au cours de la carrière. "Une manière de rester motivé et attentif", concluent les enseignantes.