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Une école à discrimination positive, située dans le quartier d’Outremeuse à Liège, accueille des élèves majoritairement issus de l’immigration (28 nationalités cohabitent) et de milieux défavorisés. Vous avez dit profs déprimés, au bout du rouleau, qui envisagent de quitter l’enseignement tant ils sont découragés ? Pas du tout ! L’équipe des profs de français de l’athénée Maurice Destenay déborde de dynamisme, d’enthousiasme et d’amour du métier.

Michel Udiany, Lionel Donnay, Andrée Perpète, Florence Jans et Elodie Lenaerts ont entre une vingtaine et une cinquantaine d’années. Ils enseignent le français depuis 4, 8 ou 10 ans. Pour certains, il s’agit d’une reconversion professionnelle, pour d’autres, ce choix de carrière a été motivé par une passion de la littérature, de la culture, du relationnel ou encore l’envie d’exercer le même métier qu’un professeur qui les a tant marqués pendant leur scolarité.

L’école dans laquelle ils enseignent, ils ne voudraient en changer pour rien au monde. Pourtant, ils donnent cours à un public hétérogène, pas toujours passionné par la langue ou la littérature, et qui comprend des primo-arrivants ne parlant pas du tout le français. Intéresser leurs élèves, leur donner le goût de la lecture et de l’écriture, remettre tout le monde à niveau, sans négliger l’apprentissage de l’orthographe et de la grammaire, autant de challenges que ces profs relèvent avec conviction.

En quoi tout d’abord leur public particulier influence-t-il leur façon de donner cours ? "On peut encourager la collaboration forts-faibles en faisant corriger les travaux écrits par ceux qui ont le plus de facilité. Pour les primo-arrivants, nous n’organisons pas d’évaluation en début d’année", explique Lionel Donnay. "Aux élèves plus faibles, on va donner une nouvelle à lire au lieu d’un roman. Nous avons aussi invité un metteur en scène et un musicien en classe qui ont travaillé avec les élèves pendant huit semaines pour leur apprendre à s’exprimer au travers de l’art. Cela a très bien fonctionné", ajoute Florence Jans.

Les profs de français de l’athénée Destenay privilégient les passerelles avec la culture. "Quand on étudie un roman, il nous arrive de visionner après lecture son adaptation cinématographique. Et souvent les élèves préfèrent le livre", mentionne Michel Udiany. Et pour la littérature vue en classe, grands classiques ou romans contemporains ? "On alterne et on peut même utiliser des BD. Les élèves ont le choix libre d’un ouvrage sur lequel ils devront réaliser un travail. Ils peuvent opter pour un classique ou un livre traitant d’une thématique typique de l’adolescence", indique Florence Jans. "Nos élèves ne sont pas toujours de grands lecteurs alors il faut éviter de les contraindre à aimer ça. J’ai fait un essai (pas très concluant) avec des nouvelles fantastiques. Ils aiment plutôt ce qui est réaliste, les biographies", précise Michel Udiany.

Du bon usage du klingon

Les nouvelles technologies ont été intégrées dans le cours, notamment par la toute jeune Elodie Lenaerts. "J’ai créé un compte Facebook professeur et, en ayant accès au compte des élèves, j’ai découvert que certains écrivaient en klingon ! Je m’en suis servi comme exercice en leur faisant corriger les textes postés." La créativité et l’imagination sont au pouvoir à Destenay pour élargir les horizons de ces citoyens en devenir. "Il faut développer leur esprit critique, notamment via une éducation aux médias. Leur apprendre à aller chercher l’information et à la vérifier", conclut Andrée Perpète.