Opinions

Administrateur-délégué de la Fondation Roi Baudouin

Au lendemain de la consultation qui a vu 150 citoyens belges débattre de l'avenir de l'Europe à l'horizon 2020 et transmettre aux décideurs, tant nationaux qu'européens, un rapport qui ne devrait laisser personne indifférent, la Fondation Roi Baudouin entend plaider pour que la dynamique qui s'est installée en Belgique le week-end dernier - comme elle l'est dans tous les autres États membres de l'Union jusque fin mars - trouve un relais puissant et durable. (Lire la Libre des 24 et 26 /02)

Cent cinquante citoyens belges ont ainsi pris part à la plus vaste consultation paneuropéenne jamais organisée pour permettre au grand public de lancer des messages aux décideurs politiques, tant européens que nationaux, alors que ceux-ci doivent imaginer un redémarrage de l'Union après le rejet du Traité constitutionnel lors des référendums en France et aux Pays-Bas.

J'ai moi-même promis aux participants, à la Chambre, lors de l'ouverture officielle de la consultation, que leur voix serait écoutée. Je ne leur ai pas promis, en revanche, que leurs discussions allaient changer l'avenir de l'Europe. Je leur ai seulement dit que nous - tous ceux qui portent le projet - allions essayer qu'il en soit ainsi...

Les priorités suggérées par ces 150 citoyens esquissent en effet une vision de l'Europe qui doit interpeller. Les positions prises sur des thèmes difficiles - le rôle de l'Europe dans le monde et l'immigration ; les familles et le bien-être social, l'énergie et l'environnement -, choisis et définis auparavant par 200 citoyens de l'Europe entière, témoignent d'une "demande" d'Europe, d'une "autre", d'une "meilleure" Europe. Il serait regrettable de ne pas les entendre.

Le processus même de consultation des citoyens a montré de manière éclatante que ceux-ci doivent être associés à la réflexion, sous peine de voir les dirigeants européens échouer à donner un nouveau souffle au projet européen. Loin de nous, pourtant, l'idée d'opposer cette forme de démocratie participative à la démocratie représentative : les deux formes se complètent et se nourrissent l'une de l'autre.

Les débats qui ont lieu jusqu'à présent ont avant tout démontré la capacité des citoyens à contribuer de manière substantielle aux discussions sur l'avenir de l'Europe, en apportant leurs visions et leurs idées, une capacité aussi à livrer des résultats de qualité, avec une profondeur et une diversité qui vont bien au-delà de ce que l'on peut atteindre à travers les instruments traditionnels de mesure de l'opinion.

Incontestablement, de tels débats ont une valeur ajoutée. Ils prouvent que l'Europe a besoin de dialoguer avec ses citoyens, aux niveaux local et national, pour ensuite connecter ces dialogues au niveau européen, afin de créer une sphère publique européenne qui aille bien au-delà de Bruxelles. Pour autant, l'objectif d'un projet comme le nôtre n'est pas en soi de vouloir peser sur la décision politique. Contribuer à créer une telle "sphère politique européenne" est au moins aussi important.

L'Europe a besoin des voix de ses citoyens - pour exprimer des espoirs et des préoccupations, pour élargir les horizons, pour approfondir la connaissance et la prise de conscience de l'Europe qu'ils partagent. L'Europe a besoin de dialogues nourris d'une vraie information, qui reflètent la diversité des vues et respectent chaque opinion, de manière à livrer des résultats authentiques.

Par conséquent, l'Europe a besoin de financements solides et de partenariats concrets entre les institutions européennes, des institutions nationales et des organisations indépendantes de la société civile, pour organiser des discussions crédibles et indépendantes dans tous les États membres.

Voilà pourquoi je plaide, en espérant être rejoint par de nombreux décideurs politiques, pour que l'European Citizens'Consultations constitue une plate-forme en vue d'organiser des consultations permanentes entre citoyens sur les priorités politiques qui concernent l'avenir de l'Union européenne.

L'Europe doit inventer une façon novatrice et efficace d'atteindre et d'entendre ses citoyens. Et là, force est de constater que le projet des European Citizens'Consultations, lancé dans le cadre et avec le soutien du Plan D (pour Démocratie, Dialogue, Débat) de la Commission européenne, a fait ses preuves. En moins d'un an, le Consortium a mis sur pied la plus large coopération au sein de la société civile pour la participation citoyenne. Parmi les partenaires des 27 États membres figurent des fondations de premier plan et des organisations pionnières de la société civile, avec une solide expérience dans la mise en oeuvre de projets participatifs et de plateformes. Le Consortium a aussi réussi à lever des fonds à un niveau jamais atteint pour des projets participatifs.

Concrètement, comment organiser une plate-forme durable ? On peut imaginer que des dialogues sur les priorités de l'Europe aient lieu pendant chaque présidence tournante de l'Union. En utilisant la méthode qui a fait ses preuves pour l'European Citizens'Consultations, on inviterait des groupes de citoyens sélectionnés de manière aléatoire à participer à un cycle d'événements dans chacun des États membres. Ils discuteraient sur la base d'un agenda reflétant les priorités du pays assurant alors la présidence de l'Union. Le processus démarrerait dès que ces priorités auraient été identifiées.

Une rencontre finale synthétiserait les résultats de ces consultations nationales et livrerait un apport unique, informel, aux débats institutionnels qui ont lieu au cours de chaque présidence et, en particulier, lors des sommets européens. Un apport en définitive très facile à résumer : les points de vue des citoyens. Forts de l'expérience en cours, la Fondation Roi Baudouin et ses partenaires estiment qu'il y a là une belle carte à jouer, un atout pour l'avenir de l'Europe.