Opinions

Feu de mots avec l'école au milieu...

Guy Bedos, humoriste: «Il n'y a pas plus d'analphabètes dans l'enseignement qu'ailleurs». (Extrait des «Petites drôleries et autres méchancetés sans importance»)

François de Closets,

journaliste, scientifique et producteur de télévision : «Tel est le miracle de l'école. Un bon professeur peut captiver les classes rétives et rendre vivants les enseignements les plus mal conçus. Il peut tout sauver». (Extrait de «Le bonheur d'apprendre et comment on l'assassine»)

Bill Watterson,

dessinateur de bandes dessinées américain: «Je ne pourrai jamais m'amuser les dimanches, car je n'arrive pas à oublier que le lendemain j'ai école.» (Extrait de Calvin et Hobbes - «Fini de rire!»)

Philippe Geluck,

dessinateur de BD de chez nous: «A l'école, en algèbre, j'étais du genre Einstein. Mais plutôt Franck qu'Albert.» (Extrait de «Le chat à Malibu»)

Adrien Barrot: «L'école est aujourd'hui un lieu où il est légitime de tout faire, sauf s'asseoir derrière une table et écouter un cours.»

(Extrait de «L'enseignement mis à mort»

Paroles d'enfant:

«Je ne retournerai pas à l'école parce qu'à l'école on m'apprend des choses que je ne sais pas!»

Sénèque,

philosophe latin: « C'est la vie qui nous apprend et non l'école».

Célestin Freinet:

« C'est l'enfant lui-même qui doit s'éduquer, s'élever avec le concours des adultes. Nous déplaçons l'acte éducatif: le centre de l'école n'est plus le maître mais l'enfant.» (Extrait de «Naissance d'une pédagogie populaire»)

Alice Parizeau,

romancière canadienne: «L'école: une serre où l'on apprend aussi la cruauté et la bêtise des autres» (Extrait de «L'envers de l'enfance»)

Georg Christoph Lichtenberg,

physicien et écrivain allemand: « Un maître d'école ou un professeur ne peut élever des individus ; il n'élève que des espèces».

Anonyme:

«Si l'ennui était mortel, l'école serait un cimetière.»

Victor Hugo,

écrivain et poète français: «Celui qui ouvre une porte d'école, ferme une prison.»

George Herbert,

écrivain anglais: «Un père vaut plus qu'une centaine de maîtres d'école.» (Extrait de «Jacula Prudentum»)

Ambrose Bierce,

écrivain américain: «Lycée. 1/ Ecole antique où l'on s'entretenait de philosophie. 2/ Ecole moderne où l'on discute de football.» (Extrait de «Le dictionnaire du Diable»)

Télé-réalité et hypocrisie font leur rentrée

La télé-réalité fait sa rentrée. Les critiques aussi. Un grand moment d'hypocrisie.

«Les concurrents de M 6 sont furieux, les intellectuels méprisants et pincés, les traditionalistes et les intégristes affolés, les fonctionnaires culturels débordés, la grande légion coincée, déprimée: voilà l'effet «Loft Story» sur le marché des images. (...) Tout se passe comme si la télévision était jusque-là une entreprise vertueuse, formatrice de valeurs, dirigée par un clergé humaniste et bon enfant, ne cherchant le profit que par hasard et presque sous la contrainte. Eh bien! Non, le coup de poker de M 6 vieillit toute une époque d'hypocrisie plus ou moins dissimulée. «Loft Story» montre la télévision telle qu'elle est: le double financier permanent de la réalité elle-même devenue spectacle. (...) Ils (les lofteurs, ndlr) sont le pur produit de leur époque, et seuls peuvent s'en effrayer ceux qui n'ont rien voulu savoir alors qu'une énorme mutation se déroulait sous leurs yeux. La France était en retard, elle vient de mettre les bouchées doubles dans une normalisation planétaire. C'est d'ailleurs un Français, Guy Debord, qui a défini, en 1967, les nouvelles caractéristiques du fonctionnement dans lequel nous sommes entrés: «Le caractère fondamentalement tautologique du spectacle découle du simple fait que ses moyens sont en même temps son but. Il est le soleil qui ne se couche jamais sur l'empire de la passivité moderne. Il recouvre toute la surface du monde et baigne indéfiniment dans sa propre gloire.» Et plus concentré: «Le spectacle ne veut en venir à rien d'autre qu'à lui-même.» C'est comme ça, et pas autrement. On ne reviendra pas en arrière. Il s'agit plutôt de comprendre de quoi il s'agit.»

De Philippe Sollers, écrivain, «Le succès du Loft: les Français parlent et ça les amuse. Car dans la réalité se parle-t-on encore?» dans Paris Match, n°2720.

Vers une armée de mercenaires?

Dix-neuf casernes supprimées en Belgique. Premiers pas vers un refonde de l'armée. Vers une société a-militaire?

«Aujourd'hui, notre société est dominée par l'économie marchande, la consommation et les loisirs. Dans ces conditions, que peut offrir l'armée? En plus du faible attrait de la fonction publique, elle cumule un handicap supplémentaire, celui des contraintes liées à la condition militaire dont on ne perçoit plus les raisons d'être dans une Europe qui n'est plus menacée. Ce phénomène risque de détacher de l'institution l'élite de la nation, attirée par le monde des affaires qui lui assure une vie plus facile et mieux rémunérée. Pour pallier le manque d'effectifs, tous les pays sont obligés d'ouvrir l'institution aux femmes, mais si le nombre de volontaires devient insuffisant, il sera alors nécessaire de faire appel aux étrangers, comme la France le fait déjà avec la Légion étrangère. La globalisation de l'économie met à mal le cadre de la nation. Un exemple: l'internationalisation des formations et des carrières des cadres risque de faire éclater leur appartenance et leur attachement à la nation. Leur patriotisme se raccrochera-t-il à leur entreprise, au pays dans lequel ils vivent ou celui où ils sont nés? Comment dans ces conditions faire vivre l'esprit de défense, perdurer les liens entre l'armée et la nation et, surtout, légitimer le sacrifice militaire? Face à l'absence d'une menace militaire grave, notre société risque de devenir une société a-militaire, laissant à des professionnels le soin de protéger le bon fonctionnement de l'économie globale. Peu importe finalement, comme pour les mercenaires des sociétés multinationales, la nationalité du soldat professionnel. Pour réduire les coûts de plus en plus importants de la défense, les Occidentaux ne seront-ils pas amenés, par économie, à envisager la constitution d'une seule armée euro-atlantique défendant les intérêts communs du monde occidental pour assurer la bonne marche de nos sociétés?»

De Patrice BUFFOTOT, chercheur au Centre de relations internationales et de stratégie (université de Paris I), «Vers une armée de mercenaires», dans «La Croix»

© La Libre Belgique 2001