Opinions

Une union contre nature?

`LA TURQUIE DANS L'UNION EUROPÉENNE?

Cette fantasmagorique suggestion brave la géographie, l'histoire et cet ensemble de savoirs, coutumes et croyances communs à un groupe de sociétés, en l'occurrence les nôtres. Une telle extravagance a du moins le mérite de dévoiler quelle Europe elle profile: celle d'une simple zone de libre-échange. Celle où l'organisation économique se satisferait de ses succès et refuserait l'ambition politique et stratégique d'une Europe-puissance. (...) Comment expliquer que de bons esprits politiques ou intellectuels l'envisagent de gaieté de coeur? Soit ils ont déjà fait leur deuil de l'Europe-puissance. Soit ils imaginent - avec l'angélisme oecuménique à la mode - que le rayonnement de notre Europe pourrait s'étendre jusqu'à l'Euphrate. Et englober un pays de 70 millions d'habitants si dépareillé des nôtres par sa démographie, son statut économique, et par son appartenance culturelle. (...) Il ne sera déjà pas si simple de faire dire `mon pays, l'Europe´ aux 500 millions d'hommes de notre continent. Comment y songer si l'on trouble ce sentiment encore dans les limbes et qui se forme lentement dans le foyer continental?´

Claude Imbert, `Le lion, la chèvre et le dragon´ (Editorial), dans `Le Point´ du 15 novembre 2002 - n°1574 - p.3. Voir également sur http://www.lepoint.fr/edito/document.html?did=122922

Une vieille rivalité

`L'EUROPE POURRA-T-ELLE ACCEPTER LA TURQUIE,

une société islamiste, dans le giron européen à n'importe quelles conditions? Les sentiments anti-islamiques sont bien ancrés dans toute l'Europe, reflet de mille années de rivalité, de guerre et d'affrontements culturels. En grand nombre, les Turcs craignent que l'exclusion de leur pays de l'UE n'ait rien à voir avec des politiques ou des institutions particulières, mais plutôt avec l'hostilité européenne permanente envers les sociétés islamiques.´

Jeffrey Sachs, `Le train Europe-Istanbul´, dans `Les Echos´ du 9 décembre 2002, p.61.

Une thèse simpliste

`DANS LA RHÉTORIQUE QU'ELLE DÉPLOIE AFIN DE FORCER SON ACCESSION À L'UNION EUROPÉENNE,

la Turquie utilise à foison l'argument selon lequel l'Europe serait un `club chrétien´, qui ne voudrait accepter en son sein un pays musulman. Il s'agit là d'une thèse simpliste qui appelle quelques remarques. On ne peut évidemment nier que la démocratie chrétienne ait joué un rôle majeur dans la construction de l'Union (...). Cependant, si l'humanisme chrétien inspire partiellement l'Union, celle-ci reste une construction laïque, exempte de toute référence religieuse. Du reste, il existe suffisamment de forces politiques pour y veiller: il n'est que de voir le tollé qu'avait suscité la mention - finalement retirée - d'un `héritage religieux´ dans la charte des droits fondamentaux pour se convaincre que l'Europe est aussi fille de l'esprit des Lumières qui, s'il n'est pas totalement athée, est au moins largement agnostique. En vérité, la Turquie se sert de cet anathème (qu'elle se garde d'ailleurs d'utiliser contre son allié américain) pour détourner l'attention de ses graves manquements.´

Laurent Leylekian, directeur de la Fédération euro-arménienne, `Les ambitions de la Turquie´, dans `La Croix´ du mardi 10 décembre 2002, p.27.

Il n'existe pas de culture européano-turque

`LA TURQUIE, CE N'EST PAS L'EUROPE! ET CE N'EST PAS LE PETIT TERRITOIRE

situé à l'ouest du Bosphore qui y changera quelque chose! La Turquie n'a jamais fait partie de l'Europe, pas plus, d'ailleurs, que Constantinople. Constantin, Justinien Ier comme Michel Paléologue ont été des empereurs d'Orient. Le mot est clair. Or, dans la définition des entités politiques, la géographie, l'Histoire et la culture sont déterminantes. Il existe une culture européenne, il n'existe pas de culture européano-turque. Nous, Français, connaissons Francis Bacon, Shakespeare, Cervantès, Goethe, Mozart, Sibelius, Beethoven, Verdi, Copernic, Galilée, Kepler et bien d'autres. Nous ne connaissons véritablement aucune personnalité représentant la civilisation turque, sans aucun doute par ignorance, ce qui prouve que cet Etat appartient à une autre sphère culturelle.´

Claude Allègre, `La question turque´, dans `L'Express´ du 12 décembre 2002.

© La Libre Belgique 2002