Opinions

Le sacré réinventé

«L'HOMME EST À LA FOIS RATIONNEL ET IRRATIONNEL.

Sa part intuitive, imaginaire, mystique, magique a été contenue en Europe par deux institutions: la science positiviste et le christianisme qui la domestiquait. L'explosion de ces deux cadres libère aujourd'hui ces pulsions longtemps refoulées. Ce qui peut conduire à toutes sortes d'excès et à une crédulité parfois consternante. Mais il ne faut pas généraliser. (...) Il s'agit ici plus d'une «raison ouverte» que d'une abdication de la raison.»

«La réinvention du sacré», propos de Fr.Lenoir, recueillis dans «Le Nouvel Observateur», 16/10/2003, n°2032.

Un islam laïc?

«LA PRÉÉMINENCE DE LA SOCIÉTÉ POLITIQUE sur la société religieuse n'est pas une utopie. Elle a déjà existé en islam et ce, à plusieurs moments. Cela s'est produit à chaque fois qu'une grande dynastie, porteuse de civilisation, était au pouvoir (...) L'exemple le plus significatif (...) repose sur une anecdote du XIIe siècle: le grand imam Razzali regrette qu'au moment où le muezzin appelle à la prière, il y ait des gens qui restent vautrés dans leur jardin, folâtrant avec des concubines. Il déplore dès cette époque que la religion ait perdu son influence. Quand on se rend aujourd'hui en Arabie saoudite, au Soudan, en Egypte, en Iran, au Pakistan, en Afghanistan, on mesure la vision de cet imam, mort il y a 900 ans. Lorsque le muezzin appelle à la prière, tout le monde laisse le jardin, tout s'arrête. (...) La même attitude, il y a neuf siècles, était révolutionnaire.»

«Il faut séparer le Palais de la Mosquée», propos de Malek Chebel, recueillis dans «Historia», oct. 2003, n°682.

Nouvelle fracture

«LES MÊMES PRÉMISSES CROYANTES

n'entraînent pas forcément les mêmes prises de position pratiques. Depuis qu'elle existe, la Communion anglicane en a fourni maints exemples. L'attitude à l'égard de l'homosexualité (...) y dessine une nouvelle ligne de fracture. Si le débat est vif chez les anglicans, ce n'est pas que la révolution des moeurs y soit plus avancée qu'ailleurs, mais on y est structurellement plus libre. D'autres religions sont moins nuancées, parlent d'abomination, point final. Même le «très libéral» Dalaï-Lama a mis les choses au point voilà six ans: «Les relations homosexuelles sont incompatibles avec le bouddhisme.»

Si, dans les pays du Nord, l'homosexualité fait l'objet d'une certaine reconnaissance sociale, voire ecclésiale, elle reste taboue dans l'hémisphère sud. (...) Les évêques africains reprennent à leur compte l'exégèse littérale des textes bibliques sur l'homosexualité, telle que les missionnaires la leur ont inculquée. Mais, dans l'intervalle, ces mêmes missionnaires, ou leurs successeurs, ont appris l'art moderne d'interpréter. Ce qui, pour les uns, est resté «parole d'Evangile», est discuté et relativisé par les autres.»

Tiré du «Bloc-notes» de Jean-Paul Guetny, dans «Le Monde des religions», sept./oct. 2003, n°1.

© La Libre Belgique 2003