Opinions

Le couple maître/élève

«QUE PEUT-ON FAIRE POUR ÉVITER

que la dopamine manque dans la classe, que les enfants s'ennuient et deviennent agités? Les classes où l'on s'ennuie reflètent ce qui se passe à l'extérieur: les élèves arrivent à l'école avec leur ennui et la classe met tout en place pour que celui-ci s'épanouisse dans la cage offerte aux jeunes élèves. Les médias stigmatisent le rôle du professeur: on s'ennuie parce que les professeurs sont «mauvais», qu'ils ne sont pas capables de susciter la curiosité chez leurs élèves. Le couple maître/élève forme un corps unique. Quand les élèves s'ennuient, le maître finit par s'ennuyer lui aussi: rien n'est pire que de parler à un public qui s'ennuie! Et quand un professeur s'ennuie, il devient «mauvais».»

«Les neurones de l'ennui», Jean-Didier Vincent, dans «L'ennui à l'école», éd. Albin Michel, 2003, p. 19

Le choc des cultures

«L'IMPATIENCE DU CORPS JUVÉNILE,

quand il claque une porte, quand il jette ses habits au lieu de les ranger, quand il dévale l'escalier comme un cheval emporté au lieu de le descendre tranquillement, est une figure inversée de l'ennui. Marcher calmement, baisser la «sono» et autres conduites «en bémol» dessinent la menace d'un ennui typique de la vieillesse.

L'institution scolaire est en total déphasage avec la culture «excitée» dont la société enveloppe le corps des jeunes. Le jeune enfermé dans un cadre, tenu au ralentissement, au bémol et à la répétition, à l'obligation d'être là, dans l'enfermement scolaire, est menacé par toutes les formes d'ennui. La vie scolaire lui demande un renoncement à ce que sa culture non scolaire lui dicte, et son ennui n'est pas seulement un signe de la lutte entre ses passions en ébullition et sa raison à asseoir, mais un signe de conflit de valeurs.»

«L'ennui à l'adolescence», Véronique Nahoum-Grappe, dans «L'ennui à l'école», éd. Albin Michel, 2003, pp 30-31.

L'engagement au bout du travail

«IL NE FAUT PAS OPPOSER L'ENNUI

à la distraction et au jeu: ce serait une manière d'évacuer a priori le problème sous prétexte que l'école ne saurait être un lieu d'amusement et de loisir. Il faut opposer l'ennui au travail scolaire, car ce travail ne résiste pas à une certaine dose d'ennui; en effet, il implique un engagement subjectif de l'individu dans ses apprentissages, une mobilisation cognitive, parfois émotionnelle. Alors qu'on peut accomplir bien des activités en ayant la tête ailleurs, on ne peut attendre sans engagement personnel. Aborder le thème de l'ennui n'est donc pas une nouvelle manière de «critiquer les profs» ni de faire l'apologie de la distraction et du «jeunisme», c'est une façon de s'interroger sur le sens des études tel que le construisent les élèves.»

«Pourquoi les élèves supportent-ils mal l'ennui?», François Dubet, dans «L'ennui à l'école», éd. Albin Michel, 2003, p 68.

Lettre du jeune Flaubert

«SI JE T'ÉCRIS MAINTENANT, mon cher Ernest, ne mets pas cela sur le compte de l'amitié, mais plutôt sur celui de l'ennui. Me voilà chié en classe à 6 heures du matin ne sachant que faire et ayant devant moi l'agréable perspective de quatre heures pareilles...»

Extrait de «Lettre du jeune Flaubert à son camarade Ernest Chevalier», repris dans «L'ennui à l'école», éd. Albin Michel, 2003, p 42.

© La Libre Belgique 2003