Opinions

«On ne peut pas plaire à tout le monde»

CRITIQUES À L'ÉGARD DE DIEUDONNÉ APRÈS SA PRESTATION SUR FRANCE 3

«...en la très grave conjoncture actuelle de naissance et de développement d'un antisémitisme nouveau, il semble dangereux que l'on contribue ainsi à opposer les communautés qui composent tant la société de votre pays que du mien, et notamment, à l'égard d'un conflit auquel ils ne sont pas parties. (...) un déguisement présentant un juif - peu importe qu'il soit religieux ou non - cagoulé et vêtu d'un treillis militaire, permet tous les amalgames que l'on sait pourtant inexacts à la lumière des comportements du judaïsme dans son immense majorité. L'appel à la conversion au «fondamentalisme sioniste» ou à réjoindre un «axe du bien américano-sioniste» parce qu'il «offre beaucoup de débouchés» fait aussi référence à des stéréotypes anti-juifs bien connus. Le salut hitlérien à l'adresse d'Israël qui termine le sketch, démontre qu'on est, une fois de plus, loin de l'alibi de la critique d'un gouvernement, d'un Premier ministre et d'une politique. Même si une telle critique est justifiée aux yeux de certains, elle ne peut aucunement légitimer la fausse comparaison «Israël/nazi». C'est aussi l'absence de réaction en direct de l'animateur de cette émission qui a choqué.»

Extrait d'une lettre de Henri Benkoski, secrétaire d'instruction du CSA à Rémy Pfimlin, Directeur général de France 3 suite à l'intervention de Dieudonné dans l'émission «On ne peut pas plaire à tout le monde» du lundi 1/12/2003

Liberté de parole... et limites

PEUT-ON RIRE SANS COMPLEXE DU GÉNOCIDE RWANDAIS OU D'UN ENFANT TRISOMIQUE?

Pour le psychiatre Willy Szafran, «La limite est une question éthique. Que peut-on se permettre dans une société? Si on suit la Constitution américaine, la liberté de parole est absolue. Mais quand l'humour devient raciste, jusqu'à quel point doit-on encore l'accepter? Parce que les idées véhiculées par l'humour peuvent contribuer au passage à l'acte chez certains. Voilà pourquoi, dans la crainte d'être agressés, les membres des minorités sont tellement sensibles à mettre des limites à l'humour.» Guy Bedos, le provocateur, évoque avec sérieux l'amère expérience de son sketch «Vacances à Marrakech». « Certains soirs, explique-t-il, pendant et après le spectacle, j'entendais des rires qui me faisaient mal, genre: «Qu'est-ce tu leur mets aux ratons!»

«A prescrire pour la santé. Sans limites?» dans la série «Vices et vertus de l'humour», «La Libre» du 1/07/03.

Peut-on critiquer Israël?

LE LIVRE DE PASCAL BONIFACE N'EST PAS PASSÉ INAPERÇU.

(...) J'ai toute ma vie combattu le racisme, sous toutes ses formes; je défie quiconque de trouver une seule ligne raciste ou antisémite sur les centaines de milliers que j'ai pu écrire. Cela va totalement à l'encontre de ma pensée et de mes convictions les plus profondes. Je trouve inadmissible le terrorisme intellectuel consistant à accuser d'antisémitisme toute personne qui critique le gouvernement israélien, accusation d'ailleurs qui devrait s'appliquer aux pacifistes israéliens et aux juifs français qui partagent ce point de vue.

(...) Je pense que ce conflit est un conflit de nature politique et qu'il faut combattre toute tentative d'explication communautaire et/ou religieuse. Cependant pourquoi Israël serait-il le seul Etat au monde dont il serait interdit de critiquer le gouvernement sauf à être accusé de racisme et à recevoir de lourdes menaces de représailles?»

De Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) à Paris, auteur du livre «Est-il interdit de critiquer Israël?» (Robert Laffont) in «Le Monde» du 30-08-2001.

© La Libre Belgique 2004