Opinions

Le rite a ses raisons

AMÉLIE NOTHOMB, écrivain: «Le cérémonial a toujours servi à se mettre du plomb dans la cervelle. Sans la grandiloquence des rites, on n'aurait de force pour rien.»

ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY, écrivain:

«Le règlement est semblable aux rites d'une religion, qui semblent absurdes, mais qui façonnent les hommes.»

VOLTAIRE, écrivain et philosophe:

«On voit évidemment que toutes les religions ont emprunté tous leurs dogmes et tous leurs rites les unes des autres.»

FRANÇOISE HÉRITIER-AUGÉ, anthropologue:

«Les rites meurent lorsque le savoir partagé, les croyances cessent d'exister et avec eux le sens et l'enjeu. D'autres peuvent surgir, renvoyant alors à une autre symbolique.»

Quête identitaire

NOUS SOMMES HÉLAS DÉSORMAIS HABITUÉS À ENTENDRE ÉVOQUER LES ACCIDENTS DE VOITURE

-surtout le week-end-, les suicides et les conduites à risques -tabac, alcool, drogues, sexualité non protégée... - ou encore diverses violences (incendies de voitures, destruction de mobilier urbain, vols...) qui impliquent sans doute toutes les catégories d'âge mais prioritairement les jeunes. Ces divers comportements peuvent souvent, eux aussi, être associés à des rites. Dans certains cas, ils font office de rites de passage: ils sont requis pour entrer dans une bande de quartier ou dans un groupe scolaire (...).»

Liliane Voyé, sociologue, «Les pratiques rituelles dans les sociétés modernes», in Des rites et des hommes, Lumen Vitae, 2003.

ON DÉNONCE RÉGULIÈREMENT L'INDIVIDUALISME EXACERBÉ,

l'appauvrissement du moi, la fragilité du lien de solidarité et la perte d'idéal communautaire dans les sociétés modernes avancées. La créativité rituelle semble être une des voies, dans des sociétés en permanente mutation, par lesquelles des individus tentent de se réapproprier leur vie, de penser simultanément soi, autrui et le monde commun. Ces rites, qu'ils soient liés à la naissance, à l'adolescence ou à la mort, confirment la quête d'enracinement dans une chaîne intergénérationnelle.»

Michèle Fellous, «A la recherche de nouveaux rites : rites de passage et modernité avancée», éditions L'Harmattan, 2001.

Sens profond

IL RESTE AUJOURD'HUI UN LONG CHEMIN À PARCOURIR

pour faire découvrir le vrai sens des sacrements chrétiens, particulièrement dans le contexte occidental marqué par l'individualisme et la sécularisation. Vatican II a souligné très justement le rapport foi-sacrement: «Non seulement (les sacrements) supposent la foi, mais encore... ils la nourrissent, ils la fortifient, ils l'expriment; c'est pourquoi ils sont dits sacrements de la foi» (S.C. 59).»

André Haquin, théologien, «Crise des sacrements chrétiens. Vers une redécouverte?», in Des rites et des hommes, Lumen Vitae, 2003.

© La Libre Belgique 2004