Opinions

Bush ou Kerry?

MATTHEW MCINTOSH, AUTEUR DE «WELL». «Nous jouons dans une mauvaise pièce. Le système bi-partite des Etats-Unis montre à quel point il n'est qu'une blague: lors du dernier débat télévisé, Kerry et Bush portaient la même cravate, ils étaient parfaitement semblables et disaient la même chose. Notre système fait qu'il n'y a que ces deux voix qui s'expriment, et elles sont fort proches, ne représentant pour l'essentiel que les industries qui les financent. Seul Nader propose quelque chose de différent, et il n'est pas sans mauvais côtés. De toute façon, personne ne se résoudrait à voter pour lui, de crainte de favoriser la victoire de Bush. Ne reste donc qu'à voter Kerry, bien que nul ne l'apprécie. Que les démocrates n'aient pu proposer qu'un tel candidat montre éloquemment qu'ils ne sont guère éloignés des républicains.

Naturellement, j'espère cependant que Kerry l'emportera. En cas de défaite de Bush, les gens défileront dans la rue et feront la fête, même si, en même temps, ils se diront «oh non, nous voilà avec Kerry». Mais au moins, nous serons quittes de cette clique d'extrême droite qui n'attendait que l'opportunité de détruire le monde comme elle le fait pour l'heure.

Il est incroyable de voir combien le monde a changé en quatre ans à cause des dirigeants des Etats-Unis. Au lendemain du 11 septembre, tout le monde était à nos côtés, les gens éprouvaient sympathie et compassion pour l'Amérique. Mais nos dirigeants ont choisi d'en abuser... Si Bush est mis dehors, ce sera comme un nouveau départ. Les Américains auront au moins affirmé haut et fort ne pas soutenir ce qui se produit actuellement. Dans le cas contraire, cela reviendrait à endosser ces quatre dernières années, et à nous ranger derrière Bush. Et qui peut savoir à quoi ressembleraient les quatre années à venir si, d'aventure, il obtenait ce vote de confiance...»

Quel rêve l'Amérique peut-elle incarner pour le reste du monde?

RICK MOODY, AUTEUR DE «À LA RECHERCHE DU VOILE NOIR». «Il est plus simple de répondre à la question«quel rêve l'Amérique ne peut-elle pas incarner pour le reste du monde?», et ce rêve, c'est celui du pays de la liberté. Nous n'en sommes plus les dépositaires, il suffit pour s'en convaincre de voir ce qui se passe en Irak. Nul doute que Saddam Hussein ait été un tyran de la pire espèce, et qu'il ait imposé de terribles souffrances à son peuple. Mais peut-on prétendre à la «libération» du pays alors que les statistiques quotidiennes montrent que l'Irak est moins sûr aujourd'hui qu'auparavant. Que signifie «libérer l'Irak», ou «libérer l'Afghanistan», dans un tel contexte? Pas ce que nous pensions. Le temps de l'Amérique pays de la liberté est bel et bien révolu, peut-être est-elle maintenant celui du capitalisme sans freins. Si le rêve de l'Europe, c'est un endroit où les multinationales ne seront l'objet d'aucun contrôle, alors elle peut encore nourrir un rêve américain.

Ce à quoi j'aspire personnellement tient plutôt de la cohérence éthique. S'épanouir sans opprimer d'autres gens ou d'autres peuples, voilà le rêve américain à mes yeux, et ce à quoi devra s'atteler l'administration Kerry, une fois celui-ci élu, comme je l'espère. On dit qu'il n'y a pas de différence entre Bush et Kerry, mais c'est une idée dangereuse: quand on vit aux Etats-Unis, on ne peut que constater que Bush est occupé à rogner de nombreux droits constitutionnels et libertés civiles - autant, en fait, que le peuple est prêt à l'accepter, si bien que nous sommes à deux doigts de nous transformer en Etat fasciste. Il est plus que temps de faire marche arrière, d'en finir avec ce qui s'est passé ces quatre dernières années. La tournure des événements, marqués d'un double sceau nationaliste et théocratique, et leur acceptation par le peuple américain, est terrifiante à mes yeux.»

© La Libre Belgique 2004