Opinions

Vers la fin du chacun pour soi?

«LA COMMISSION EUROPÉENNE

admet qu'il appartient aux Etats, et à eux seuls, de déterminer les besoins quantitatifs et qualitatifs, mais l'ouverture des frontières et la libre circulation imposent des ajustements communs. (...) La Commission propose soit d'adopter un cadre commun et général qui traiterait des conditions générales de l'immigration économique et proposerait une série de normes communes (...) pour un permis de travail commun, soit des mesures sectorielles, qui traiteraient la question en fonction des secteurs concernés par l'immigration économique. Une proposition de directive a déjà été déposée au Conseil en 2001, sans succès. Le Conseil a juste accepté de traiter de la question des étudiants et des chercheurs (...) Un seul élément pourra jouer en faveur de l'adoption rapide d'une directive. La prochaine application de la Constitution européenne doit faire entrer la question de l'immigration dans le champ de la codécision et certains, au Conseil, préféreront peut-être verrouiller la question par une directive plutôt que de risquer un débat parlementaire sur un sujet sensible. L'immigration économique, qu'on le veuille ou non, avec ou sans encadrement communautaire, est une réalité incontournable pour l'Europe.»

Régis Verley, président de la section française de l'Association des journalistes européens, sur www.europeplusnet.info

«Renouer totalement avec l'immigration»

«L'UNION EUROPÉENNE EST LA PREMIÈRE RÉGION

d'immigration du monde, avec environ 1,4 million d'entrées légales par an. Pourtant, elle reste crispée sur la fermeture de ses frontières géographiques, érigée en instrument essentiel de la politique d'immigration. (...) En catimini, nos voisins européens mettent en place des dispositifs qui rompent avec la fermeture des frontières: depuis le 1er janvier, l'Allemagne pratique l'immigration sélective, comme le faisaient déjà l'Irlande et le Royaume-Uni; l'Espagne et l'Italie ont conclu des accords bilatéraux avec des pays d'émigration comme le Maroc, la Tunisie et l'Albanie. En envisageant à son tour d'autoriser une immigration «choisie», le gouvernement français brise un tabou. C'est une façon d'amorcer, sans le dire ouvertement, la réouverture des frontières. Tant mieux. Mais la France doit renouer avec l'immigration, pas seulement sélectionner les migrants dont elle a besoin pour satisfaire le marché du travail. Et ne pas empêcher ceux qui le souhaitent de s'installer et de faire venir leur famille. Une telle politique serait bénéfique au développement, via les transferts de fonds et de savoir-faire, et l'émancipation de la femme.»

Propos de Catherine de Wenden, directrice de recherche au Centre d'études et de recherches internationales, spécialiste des migrations internationales, recueillis par Anne Vidalie et Boris Thiolay, in «L'Express» du 17/01/2005 (www.lexpress.fr)

Lutter contre l'immigration illégale

«L'OUVERTURE À UNE IMMIGRATION DE TRAVAIL doit s'accompagner d'une lutte renforcée contre le travail clandestin et les trafiquants de main-d'oeuvre. Il faut briser le cercle vicieux qui permet à des étrangers en situation irrégulière de se maintenir en France en travaillant au noir, puisque c'est à la fois une forme d'exploitation inadmissible de l'être humain et un facteur de persistance d'un taux de chômage élevé.

Le succès de la lutte contre l'immigration irrégulière, la restauration de la crédibilité de la France et de l'Europe dans ce domaine sont les préalables à toute réflexion de fond sur le renouveau de la politique migratoire. L'autorité publique n'est crédible que si elle fait respecter les règles qu'elle a fixées. La lutte contre les arrivées de clandestins contribue à nous donner à nouveau les moyens de choisir les formes d'immigration dont nous avons besoin. Nous pouvons de la sorte réaffirmer les capacités d'ouverture et d'accueil de la France, ce qui n'implique pas nécessairement un déracinement pour le nouvel arrivant ni une installation définitive sur notre sol.»

Dominique de Villepin, ministre de l'Intérieur, propos recueillis par Anne Vidalie et Boris Thiolay, dans «L'Express» du 17/01/2005 (www.lexpress.fr)

© La Libre Belgique 2005