Opinions

Le futur n'est plus ce qu'il était

«LA NOUVEAUTÉ,

c'est qu'une majorité de Français semble avoir durablement perdu la foi dans le progrès. Foi qui, depuis la fin du XVIIIe siècle, s'était peu à peu imposée. (...) Aujourd'hui, le futur est gros de menaces. (...) Il est vrai que notre monde semble être à l'un de ces moments où tout s'accélère, où les vieux repères disparaissent, où les mutations se précipitent. Curieusement, cette méfiance du futur va de pair avec une relative ignorance du passé, comme le souligne François Hartog, qui a mis en évidence le «présentisme», cette obsession du présent, caractéristique, selon l'historien, de notre époque. Cette dernière mythifiant d'autant plus «l'âge d'or» passé qu'elle le connaît mal. C'est ainsi que «le présent régnant sans partage, dilaté, suffisant, évident, se révèle inquiet», constate François Hartog. Et le futur inquiétant. Enfin, la montée en puissance du mouvement écologiste colore ce pessimisme d'un sentiment quasi millénariste. Sans doute, leur discours est-il loin d'être dénué de vérité, ou même de bon sens, mais les accents avec lesquels il est asséné le rapprochent des extases religieuses qui sont, un peu partout, de nouveau à l'ordre du jour. Pourtant, les acteurs des banlieues en feu nous ont envoyé un message aussi violent que net: les recettes d'antan n'ont plus cours pour régler les problèmes de la société française devenue multiculturelle, il est grand temps d'imaginer des approches nouvelles. Il n'est pas certain que les «nouveaux réactionnaires», quel que soit leur bord politique, apportent la réponse demandée.»

«Les nouveaux réactionnaires», E. de Roux, dans «Le Monde» du 6 décembre 2005 (www.lemonde.fr).

Saint Nicolas sous surveillance

«L'ASSOCIATION ZURICHOISE DES SAINT-NICOLAS (la plus grande de Suisse) vient d'édicter une surprenante interdiction pour protéger ses membres d'accusations de pédophilie: les quelque cent saint Nicolas et père Fouettard zurichois ne pourront plus inviter les enfants à venir s'asseoir sur leurs genoux, comme ils le faisaient jusqu'à présent. L'année dernière en effet, une poignée de parents ont annoncé leur souhait de voir cette pratique s'arrêter. Le thème de la pédophilie devient extrêmement sensible, au point de virer parfois à la paranoïa. C'est du moins ce que pense le président de l'association, Walter Furrer, qui regrette qu'une telle mesure ait été nécessaire: il a précisé que jusqu'ici aucun dérapage n'avait été signalé et que la mesure était purement préventive. Cette mesure vise donc plus à protéger les adultes déguisés en saint Nicolas contre des plaintes de parents que les enfants contre d'éventuels attouchements douteux. Curieux retournement de situation. Jusqu'ici, saint Nicolas était considéré comme le protecteur et patron des enfants.»

«Les genoux suspects de saint Nicolas», G. Grimm-Gobat, sur www.largeur.com

© La Libre Belgique 2005