Opinions

L'Italie dans le mur

«PERSUADÉ QUE SES CONCITOYENS aiment la rigolade, (Berlusconi) ne craint pas les bons mots en s'attribuant, avec un sourire béat, tantôt les vertus de Napoléon, tantôt celles de Jésus-Christ. Il rigole, mais le mot reste, roule d'un média à l'autre, rebondit de Milan à Palerme, fait parler de lui, lui confère une omniprésence de tous les instants qui est justement le nec plus ultra d'une campagne électorale bien faite. Le résultat est tangible: alors qu'à Noël son retard était de huit à dix points, il ne serait plus que de trois ou quatre aujourd'hui. C'est dire que les jeux sont loin d'être faits.

En face, la coalition de centre-gauche emmenée par Romano Prodi en est déjà à se répartir les portefeuilles tant la victoire lui semble assurée (..)

Outre sa trop grande confiance en une victoire acquise, les problèmes de la gauche sont multiples. Politiquement les formations qui constituent l'Union dirigée par Prodi sont toutes plus à droite que leur électorat, à tel point que des organisations comme la «Margherita» de Francesco Rutelli ou les démocrates-chrétiens de Clemente Mastella sont carrément à droite, porte-parole déclarés du Vatican qui distribue chaque dimanche ses consignes (...)

Cette hypocrisie généralisée a une conséquence programmatique: la coalition de Prodi est incapable de dire où elle tend, vers quoi elle penche, ce qu'elle veut. Pour noyer le poisson, le staff de centre-gauche a pondu un programme de 284 pages qui a peu de chance d'être lu mais qui permet de répondre à toutes les questions en renvoyant le curieux à la page x. Sauf que la réalité est différente. Sur les sujets qui fâchent, le centre-gauche est divisé. Ainsi sur le Pacs, Prodi précisait il y a deux semaines qu'il partageait l'opinion des conservateurs espagnols (soit du pape) contre l'extrémisme de Zapatero (...)

Autre point sensible, l'éducation. Alors que Berlusconi a largement alimenté les caisses de l'enseignement catholique, Prodi n'a pas l'intention de revenir en arrière pour dynamiser l'école publique. Sur l'Irak enfin, le flou est aussi de rigueur. Prodi affirme vouloir retirer les troupes italiennes, mais refuse de fixer une date précise.

Tout cela risque de déclencher une abstention massive à gauche. Et une chose est certaine, quel que soit le vainqueur le 9 avril prochain, les lendemains italiens ne chanteront pas forcément.»

«L'Italie va dans le mur», Gérard Delaloye, 23/02/06, sur Web www.largeur.com

Dixit

MARGARET FULLER:

«Qui peut jamais être seul un instant en Italie? Chaque pierre a une voix, chaque grain de poussière semble être l'instinct d'un esprit du Passé, chaque marche rappelle quelque ligne, quelque légende d'une tradition depuis longtemps à l'abandon.»

ELIZABETH SPENCER:

«Quiconque a un rêve devrait aller en Italie. Peu importe si l'on pense que le rêve est mort et enterré, en Italie, il se lèvera et marchera à nouveau.»

FÉLICIEN MARCEAU:

«Un homme qui n'aime pas l'Italie est toujours plus ou moins un barbare.»

© La Libre Belgique 2006