Opinions

Bras de fer entre réac'et conservateurs

«VU D'AILLEURS EN EUROPE,

le bras de fer entre gouvernement et manifestants sur le contrat première embauche (CPE) ressemble fort à une confrontation entre réactionnaires et conservateurs. Le réactionnaire, c'est Dominique de Villepin. (...) Il s'est dérobé obstinément à la discussion démocratique sur un sujet aussi sensible que l'emploi des jeunes, d'une importance stratégique pour l'avenir de la France. (...) Et le conservatisme? Il est malheureusement du côté de la jeunesse qui a envahi à plusieurs reprises les rues de l'Hexagone. Car elle semble exprimer plus un désir d'immobilisme qu'un réel souci d'alternative sociale (...) Cette allergie au changement est assez difficile à comprendre pour les moins de 30 ans dans les autres pays européens. Ils y voient le reflet d'une jeunesse qui rêve encore en masse d'un emploi dans la fonction publique (76 pc des 15-30 ans selon les sondages), mais aussi d'une société française tout entière qui n'est pas en phase avec son temps. Selon un sondage de l'institut GlobalScan, la France serait, parmi un échantillon de 20 grands pays, la plus hostile à l'économie de marché et à la mondialisation. Une pensée unique anti-libérale domine et étrangle le débat public français, en le coupant d'idées réformistes qui pourtant existent et fonctionnent ailleurs en Europe. La «flexicurité», d'abord, contraction des mots «flexibilité» et «sécurité». Ce concept lancé par le Danemark dans les années 1990 part du présupposé (...) que la flexibilité des contrats de travail n'est pas contradictoire avec l'Etat providence. En clair, simplifier embauches et licenciements peut très bien rimer avec protection sociale, puisque celle-ci est garantie par un système, très coûteux mais intelligent, d'allocations chômage. Le «workfare», ensuite, par opposition au classique «welfare» (...). Cette théorie, mise en place en Grande-Bretagne dans le cadre de la Troisième Voie de Tony Blair, propose de placer le travail au centre des systèmes sociaux.»

«Le CPE? Un bras de fer entre réactionnaires et conservateurs», Adriano Farano, dans «Le Monde», 04/04/06 (Web www.lemonde.fr

Le sport, reflet ou acteur de la société?

«IL EST AISÉ DE CONSTATER que le sport n'échappe pas aux dérives du monde social: affaires de corruption, scandales financiers ou encore dopage. Sur ce dernier point, il est intéressant de noter comment le dopage est devenu dans le monde sportif l'ennemi juré à combattre alors que, parallèlement, ces mêmes pratiques ne sont pas condamnées dans la vie sociale (en tout cas pas de façon aussi virulente). Un cadre supérieur prenant des pilules pour moins dormir et «tenir le coup» durant une certaine période est-il considéré comme un tricheur? Si oui, pourquoi ne lui fait-on pas subir des tests sanguins ou d'urine pour vérifier s'il est «clair». (...) Et là encore, le sport est bien le reflet des valeurs de notre société: performance, dépassement de soi, «repoussement» continuel de ses propres limites, épanouissement, développement de l'estime de soi, etc. (...) Oui, le sport est le reflet de la société, mais pas seulement; il est aussi, et les sociologues américains l'ont bien montré, un réservoir idéologique ou encore un terrain de résistance possible. (...) rappelons-nous le poing levé et ganté de noir (symbole du Black Power) des Américains Tonnie Smith et John Carlos sur le podium du 200 mètres aux Jeux olympiques de Mexico en 1968 afin de condamner publiquement la condition des Afro-américains aux Etats-Unis (...) M. Rogge, il nous paraît léger de justifier ou d'expliquer les dérives du sport (racisme, dopage, corruption, etc.) en affirmant simplement que «le sport réfléchit la société. Nous ne sommes pas meilleurs, nous sommes ce que la société est». Vous êtes plus que cela et, en tant que force active pouvant contribuer à certains changements sociaux ou encore en étant la vitrine possible de certaines nobles causes, vous vous devez de prendre vos responsabilités. Le sport n'est pas et n'a jamais été apolitique, ce qui ne minimise nullement sa beauté. Il faut se rappeler qu'il est également un instrument formidable de critique sociale. Nous en avons plus que besoin aujourd'hui. Le sport et la société ne s'en porteront que mieux.»

«Jeux olympiques: simple reflet de la société?», Nicolas Moreau et Audrey Laurin, dans «Le Devoir», 21/02/06 Web www.ledevoir.com

© La Libre Belgique 2006