Opinions

Quelle nouvelle gauche européenne ?

"Débâcle en France, incertitude en Grande-Bretagne, manque de leadership en Allemagne et combines en Italie : un regard politico-historique sur la situation des différentes gauches en Europe permet de mieux en cerner les défis.

Réinventer la gauche ? La question est à l'ordre du jour dans trois des quatre grands pays de l'Europe occidentale, l'Italie, l'Allemagne et la France. Et pourrait le devenir sous peu en Grande-Bretagne si par hasard Gordon Brown, le successeur désigné de Tony Blair, venait à perdre les prochaines législatives. L'intérêt de cette question tient déjà à son simple énoncé : on se rend immédiatement compte qu'il n'y a pas une gauche, mais des gauches. Traditions et culture politique diversifiées font que chaque pays a ses propres solutions, que ce qui est permis à Londres ou Berlin ne marchera jamais à Paris ou à Rome. Au moment où il quitte le pouvoir, Tony Blair a droit à (presque) tous les éloges. Si ses résultats en politique intérieure sont spectaculaires à l'aune britannique, qui n'est pas celle du continent, il faudra la bonne volonté d'une armée d'historiens pour expliquer d'ici quelques années son lamentable ralliement à la politique étrangère de l'administration Bush au Moyen-Orient et son appui à l'occupation militaire de l'Afghanistan et de l'Irak. Que Washington se contente de poursuivre dans ces pays la politique impérialiste britannique de l'entre-deux-guerres ne suffit pas à justifier une telle accumulation de désastres. Le blairisme jouit d'un préjugé très favorable dans la mesure où il passe pour avoir réussi la quadrature du cercle dont la gauche modérée rêve : la conjonction d'une économie de marché alerte, dynamique et décomplexée avec un respect minimum de la justice sociale. Mais on oublie trop souvent que le succès du blairisme qui a redonné vie à un système que la prétendue révolution thatchérienne avait déconstruit s'est greffé sur une économie dopée par la découverte du pétrole en mer du Nord. On serait riche à moins...

Gérard Delaloye sur web www .largeur.com, le 24 mai 2007

Dixit

Peter MANDELSON, commissaire européen britannique : "Le New Labour a toujours été très relax à l'idée que les gens puissent devenir indécemment riches."

Manifeste de la "3e voie", signé en 1999 par Tony Blair et Gerhard Schröder : "La plupart des gens ont abandonné depuis longtemps la représentation du monde inspirée du dogme de la droite et de la gauche."

Anthony GIDDENS, théoricien de la "3e voie" et conseiller de Tony Blair : "L'Etat-providence crée plus de problèmes qu'il n'en résout."

Ségolène Royal : "Tony Blair est injustement caricaturé en France. (...) Cela ne me gêne pas d'afficher mon adhésion à certaines de ses idées."

Nicolas Sarkozy, à propos de Tony Blair : "Les socialistes européens peuvent être fiers de ce qu'a fait l'un des nôtres... Euh, l'un des leurs..."