Entre parvis et maître autel

Publié le - Mis à jour le

Opinions

Vous avez récemment affirmé, lors d'une émission télévisée, être opposé à la décision du ministre Verwilghen d'enlever tous les crucifix des cours et tribunaux de Belgique. Cette déclaration vous paraît-elle conciliable avec la séparation de l'Eglise et de l'Etat?

Si le ministre de la Justice veut enlever les croix, qu'il le fasse. C'est son droit. Mais en ce qui me concerne, j'estime qu'il s'agit d'un détail, même s'il est révélateur. Ce que je ne comprends pas, par contre, c'est que le ministre fasse une exception pour les croix ayant une valeur artistique. Mais ce sont quand même des croix, que je sache. Alors, pourquoi faire des exceptions? Je m'interroge. Parce que si on commence comme ça, alors il faut enlever toutes les potales, tous les chemins de croix que l'on trouve sur nos places publiques. Et puis, est-ce si mauvais que cela de mettre au-dessus de la tête des juges un homme en croix, dont le monde entier accepte, croyants et incroyants, qu'il a été condamné injustement? La croix est plus qu'un symbole religieux, c'est un symbole culturel. Mais rassurez-vous, je ne lancerai pas de croisade contre monsieur Verwilghen.

Vous avez également affirmé être favorable au maintien du «Te Deum»

Oui, car j'estime que l'Eglise catholique a le droit et le devoir de prier pour le Roi, la dynastie et le pays. Personne n'a jamais été obligé de participer à cette prière, mais je constate que tous y viennent. C'est d'ailleurs le ministère de l'Intérieur qui envoie les invitations. Personnellement, je n'ai rien contre le fait qu'on fasse quelque chose au niveau civil. Nous continuons à en discuter. Mais je continue de penser qu'il y a des choses plus sérieuses à discuter si on veut parler de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Quoi, par exemple?

Il y a notamment la question du financement de l'Eglise. J'ai l'impression, sans vouloir porter d'accusation, qu'en Belgique, il n'y a pas vraiment de laïcité ouverte. Pour moi, une laïcité fermée est une laïcité qui n'accepte de subsidier que ce qui est neutre et gris, en oubliant que le gris est aussi une couleur. Il me semble qu'en Belgique, on aille plutôt dans ce sens-là. Notamment à la radio et à la télé. J'estime pour ma part que doit être aidé et soutenu tout ce qui est profondément humanisant, bon pour l'homme et pour la société.

Mais vous plaignez-vous du financement de l'Eglise tel qu'il est actuellement organisé?

Non, pas du tout. C'est la laïcité qui se plaint. Je ne suis pas d'accord avec les personnes qui disent qu'il ne faut payer que pour les institutions auxquelles on participe. Parce qu'alors, je demande qu'on cesse de subsidier le Théâtre de la Monnaie et les centres sportifs, puisque je ne vais jamais à l'opéra et que je ne fais pas de sport.

Comme vous le savez, le PSC s'interroge actuellement sur son identité chrétienne et se demande s'il doit maintenir ou non le «C». Dans le même temps, le Vlaams Blok se revendique, parfois de manière très explicite, d'un certain nombre de valeurs chrétiennes. Est-ce que cette distanciation, d'un côté, et cette instrumentalisation, de l'autre, vous inquiètent?

J'ai toujours pensé qu'il ne devait pas exister de liens entre l'Eglise catholique et un parti politique. Par contre, j'estime qu'il est de notre droit et de notre devoir de nous prononcer quant à la Politique avec un grand «P», c'est-à-dire le bien commun. Ce n'est donc pas à l'Eglise de déterminer ce qui doit être mis ou non dans les programmes. Ce qu'elle doit faire, par contre, c'est mettre en garde contre le racisme et la xénophobie.

Mais n'est-il pas de votre devoir de mettre en garde les chrétiens qui s'égareraient à voter pour le Vlaams Blok?

Ce n'est pas directement ma responsabilité. C'est au juge qu'il revient de déterminer si le Vlaams Blok est, oui ou non, un parti raciste.

Pourtant, le cardinal Van Roey, l'un de vos prédécesseurs, s'était prononcé en son temps contre Rex

Si cela commence à devenir vraiment immoral, je pense qu'il faudra réagir. Mais pour le moment, je ne sais pas. On veut toujours nous pousser à condamner le Vlaams Blok et à canoniser un autre parti. Mais qu'on nous laisse tranquilles avec toutes ces affaires et qu'on écoute notre message, qui est très clair, je crois.

La coalition actuelle semble désireuse d'ouvrir de nombreux fronts sur le plan éthique: l'euthanasie, la bioéthique, le mariage des homosexuels, etc. Est-ce que cela vous inquiète?

Oui, mais ce qui m'inquiète davantage, c'est que nous vivons aujourd'hui dans une société qui n'a plus de vision, plus de projet moral et éthique fondamental, et où chacun peut faire ce qu'il veut. Les lois deviennent, non pas des pédagogues pour une certaine moralisation de la société, mais des ajustements de procédure.

Que peut faire l'Eglise?

Seule, elle ne peut rien faire. Evidemment, c'est toujours une tentation de dire: «Mais où sont les évêques? On ne les voit pas.» Je pense qu'il serait dommage que l'Eglise soit seule à défendre les valeurs morales fondamentales. Je connais personnellement pas mal de non-chrétiens qui partagent le point de vue de l'Eglise par rapport à certaines questions éthiques.

© La Libre Belgique 2001

Facebook

Ailleurs sur le web

Les + consultés de la semaine

cover-ci

Cover-PM

RECO llb_sb_1

RECO llb_sb_2

RECO LlbSb3

RECO llb_sb_4

RECO llb_sb_5

RECO llb_sb_6