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Alors que Benoît XVI a décidé de faire toute la lumière sur les faits de pédophilie au sein de l’Eglise, sa volonté d’ouverture se retourne cependant contre le Saint-Siège, vilipendé de toute part. Pourtant, comment ne pas reconnaître là une nouvelle étape d’une politique courageuse, qui tranche singulièrement avec l’image réactionnaire qui colle à l’actuel souverain pontife ?

Ainsi, dès son élection, le ton avait été donné : le cardinal Ratzinger avait l’intention de ramener l’Eglise sur le chemin de la tradition et de conduire ses 1 098 millions de fidèles au strict respect de la foi catholique, poursuivant l’œuvre de Jean-Paul II, qui, dans son encyclique Veritatis Splendor, avait rappelé aux catholiques que la religion ne se pratique pas comme l’on va au restaurant, en choisissant dans le menu les seuls aspects plaisants.

Sans remettre en question le Concile de Vatican II, Benoît XVI cherche ainsi à corriger les excès de certains "catholiques" qui se sont éloignés des dogmes et doctrines du catholicisme romain : il ne revient pas à l’Eglise de s’adapter à la vie moderne ; "la parole de Dieu n’est pas soumise aux fluctuations du monde ".

La reprise du dialogue avec les chrétiens intégristes de l’église schismatique des Lefebvristes ou la remise à l’honneur de la célébration du culte en latin ont contribué à renforcer cette image d’un pape conservateur.

Mais Benoît XVI surprend cependant

En effet, en octobre 2008, le pape s’était élevé contre la crise économique : "il ne faut pas capituler face à la faim et à la malnutrition, comme s’il s'agissait simplement de phénomènes sans solution. ( ) Dans la communauté mondiale, la vie économique devrait être orientée vers le partage des biens et la juste répartition des bénéfices qui en découlent."

Peu après, le général des Jésuites a déclaré, à propos de la Théologie de la libération, de ces prêtres d’Amérique latine dont certains avaient même pris les armes pour rejoindre les guérillas marxistes : "c’est là une réponse courageuse et créative face à une situation d’injustice insupportable !" Jamais, sous Jean-Paul II, le supérieur des Jésuites, obéissant au Saint Père, n’aurait pris cette position...

Mais plus encore, dans sa récente encyclique, Veritas in Caritate, le pape fustige, sans aucun détour, "la visée exclusive du profit qui, s’il n’a pas le bien commun pour but ultime, engendre la pauvreté " ! Il y montre du doigt les multinationales et appelle les Etats à reprendre le contrôle de l’économie et à la réguler ! Le pape y dénonce la paupérisation qui touche même les classes moyennes des pays riches, les délocalisations, le détricotage de l’Etat social, la dérégularisation du monde du travail, les politiques d’équilibre budgétaire et les coupes dans les dépenses sociales, recommandées par les Institutions internationales, phénomènes qui "ont entraîné l’affaiblissement de la protection sociale en faveur de la compétitivité, faisant peser de graves menaces sur les droits des travailleurs ( ) et qui laissent les citoyens désarmés face aux risques nouveaux et anciens". Et Benoît XVI invite les syndicats à résister, pour la défense des travailleurs, et les appelle à s’organiser internationalement pour faire face à la mondialisation ! Car "la gestion de l’entreprise ne peut pas tenir compte des intérêts de ses seuls propriétaires, mais aussi de tous ceux qui contribuent à la vie de l’entreprise ". Et de conclure : "c’est l’homme qui est l’auteur, le centre et la fin de toute la vie économico-sociale".

Beaucoup moins "médiatique" que son prédécesseur, Benoît XVI apparaît cependant plus préoccupé par la question sociale que ne l’avait été Jean-Paul II, dont le pontificat, sur ce point, fut davantage consacré à lutter contre le "communisme", la bête noire du défunt pontife.

Et son message social constitue presqu’un aboutissement de cette lente transformation de l’Eglise, amorcée en 1891 par Léon XIII, qui, dans l’encyclique Rerum Novarum, appela la bourgeoisie à se préoccuper enfin du sort des ouvriers misérables.

Ainsi, entre tradition et progrès, dans la règle et dans le siècle, déjà, le pontificat de Benoît XVI a changé le visage de l’Eglise.