Opinions

Pas un jour ou presque sans un buzz autour de la question du racisme dans notre société ! Pour les uns, le racisme et les discriminations restent importants et doivent être combattus avec force. Pour d’autres, "on ne peut plus rien dire" de peur d’être taxé de raciste par la gauche "politiquement correcte". Très souvent, les débats restent d’un simplisme effarant. On se demandera si messieurs Vande Walle et Pauwels sont racistes, on les condamnera parfois sans revenir sur les significations profondes du racisme et sur la manière dont il a historiquement opéré et continue d’opérer dans nos sociétés.

Qu’est-ce que le racisme ? Sans entrer dans les détails, il est aujourd’hui communément admis que le racisme a plusieurs dimensions. Le racisme est d’abord une idéologie basée sur une croyance centrale dans l’idée de la division de l’humanité en "races", c’est-à-dire en groupes biologiques et/ou culturels qui se reproduisent avec les mêmes caractéristiques de génération en génération. D’un point de vue raciste, certaines races sont considérées comme inférieures et d’autres comme supérieures. Toute idéologie raciste qui se respecte fonctionne sur une double logique : celle de la hiérarchisation et celle de l’homogénéisation. D’un point de vue scientifique, toutes ces croyances sont des aberrations, mais elles séduisent néanmoins une partie de la population. Pourtant, les "races" n’existent pas !

Le racisme est aussi un ensemble de préjugés moins théorisés qui gouvernent les représentations et les comportements quand nous sommes confrontés à un individu supposé appartenir à une autre "race" : les Arabes sont violents, les Noirs sont de grands enfants, les Juifs sont des commerçants nés, etc.

Les idéologies et les préjugés racistes peuvent se traduire par des discours de haine et des comportements violents dirigés individuellement et/ou collectivement vers les membres des "races" considérées comme inférieures et/ou dangereuses. C’est la troisième dimension du racisme.

Enfin, le racisme devient institutionnel et structurel lorsque l’Etat et la société excluent certains groupes raciaux du bénéfice des ressources et des biens publics par des mécanismes de discrimination directe et indirecte en matière d’emploi, d’éducation, de logement, d’allocations sociales, d’accès au système judiciaire, etc. Dans certains cas, cela participe de l’établissement d’un ordre politique racial comme l’apartheid sud-africain ou le régime colonial belge.

On voit aisément que les déclarations de messieurs Vande Walle et Pauwels relèvent de la seconde dimension du racisme, celle des préjugés diffus dans la société depuis l’ère coloniale. Mais ces deux "amuseurs" ne me semblent pas pouvoir être qualifiés de racistes dans le premier sens. Ils me paraissent en effet peu enclins à la théorisation qu’elle soit "raciste" ou autre. Ils ne sont pas non plus racistes dans le troisième sens dans la mesure où ils ne sont les auteurs d’aucun discours de haine, que du contraire ! Enfin, loin d’eux l’idée de défendre une société racialement divisée, polarisée (quatrième dimension du racisme).

Certes, il est facile de s’en prendre à ces deux "people" mais à qui profite cette situation ? A l’ignorance d’abord, dans la mesure où ces accusations nous empêchent de nous poser une question fondamentale : comment se fait-il que des préjugés aussi grossiers, simplistes et stupides continuent d’être véhiculés dans la société ? Par ailleurs, ces polémiques font l’affaire des idéologues et des entrepreneurs politiques du racisme qui mobilisent la frustration pour renforcer leurs projets nauséabonds dans une population désabusée par la crise. Abattre des cibles faciles sans plonger au cœur des problèmes risque bien d’être contre-productif !


Une opinion de Marco Martiniello, directeur de recherche au FNRS. Directeur du Centre d’Etudes de l’Ethnicité et des Migrations (CEDEM) de l’Université de Liège.