Opinions

Comment des parents fraîchement débarqués en Belgique pour leur travail pourraient-ils comprendre quelque chose au Décret Inscriptions?

Une opinion de Jean-François Nandrin, directeur d'école secondaire (s'exprimant à titre personnel).


Imaginez un instant que dans le cadre de votre métier vous partiez pour un autre pays. Vous avez jusqu’à présent choisi pour votre enfant les écoles les mieux adaptées à ses besoins ; vous avez suivi avec soin ses progrès ; dans les différents pays où vous êtes allé, vous lui avez trouvé les écoles qui lui convenaient et il est déjà polyglotte – d’autant qu’il apprend avec vous la valeur du travail.

Maintenant que vous lui imposez un déménagement de plus, vous voulez bien sûr trouver encore l’école qui convient. Et voilà que dans ce pays où vous arrivez, on vous annonce qu’il n’y a plus de place dans les écoles qui vous conviennent. Mais heureusement toutes les écoles s’y valent. Et,au prix d’un long trajet (alors qu’il y a une école à dix minutes de votre nouveau domicile), il rejoindra une école "où il se sent très malheureux. Les élèves qui sont avec lui n'arrêtent pas de perturber la classe, il ne peut pas étudier, pas apprendre et, en plus ils disent tout le temps des gros mots et font des bandes dans la cour. Le voilà coincé là-bas. Il est tellement malheureux dans sa nouvelle école qu'il rentre en pleurant depuis la rentrée et qu'il ne veut plus y aller... Il ajoute qu'il y a tellement de bruit et de méchanceté qu'il va perdre une année de sa vie, alors qu'il a toujours bien travaillé et adore étudier. Mais il est impossible de changer tous les élèves seulement parce que lui a l'habitude d'apprendre dans une bonne école, entouré d'élèves attentifs et gentils et de professeurs sachant mieux se faire respecter." (Extraits d’une lettre reçue en septembre.)

Mais dans quel pays êtes-vous tombé ?

En Fédération Wallonie-Bruxelles pardi. Cette mésaventure est celle des parents venant travailler à Bruxelles (capitale de l’Europe, pour les distraits) : à l’Europe, dans les centrales des ONG, à l’OTAN, dans des ambassades, il y a le choix. Et on leur dit que dans ce "bled", il est impossible d’inscrire un enfant en première année à cause d’un décret (sauf dans des écoles dont personne ne veut), ni même en deuxième année puisque tous les premières passent et qu’un nombre d’élèves de deuxièmes… approfondit, créant (encore !) un embouteillage.

"Oui, bien sûr, je peux inscrire la grande sœur en troisième et le grand frère en sixième mais pas le petit qui devra aller ailleurs ou attendre un miracle en septembre." Les parents me regardent, traduisent entre eux, reposent la question, je réexplique – même perplexité.

N’est-il pas temps pour ces parents de pouvoir court-circuiter le système actuel dans une sorte de "regroupement familial" ou d'acceptation raisonnée ? Si je vais demain à Paris (pour faire simple), mon fils n’ira pas dans une école de la banlieue chaude, non! Et s’il n’y a aucune place dans le système d’Etat, il ira dans une école privée "parce qu’il a l'habitude d'apprendre dans une bonne école, entouré d'élèves attentifs et gentils".

Notre actuel système d’inscription crée cette discrimination-là aussi, poussant ces personnes étrangères vers des écoles privées (ou de la Vlaamse gemeenschap) et privant les autres élèves de la mixité sociale tant proclamée. Echec et mat.

En attendant, je peux faire de leurs demandes d’inscription des origamis. Cool.