Opinions
Une opinion de Valérie Bros, candidate LR aux élections législatives françaises pour la circonscription du Benelux.

Le risque existe de voir Emmanuel Macron concentrer tous les pouvoirs entre ses seules mains. Pour après les législatives, je plaide pour une coalition "à la belge" plutôt que pour une cohabitation.

Soyons clairs sur les enjeux des législatives qui se tiennent, pour les Français de Belgique, Luxembourg et des Pays-Bas, dès dimanche prochain pour le premier tour. Il ne s’agit pas d’empêcher Emmanuel Macron de mettre en œuvre son programme. Il en aura, de toute évidence, les moyens. Pourtant, si nous, Les Républicains, souhaitons voir réussir le quinquennat qui s’ouvre, dans l’intérêt de la France, nous n’entendons pas pour autant laisser à Emmanuel Macron les mains libres pour créer un succédané de parti unique.

Aujourd’hui, ce spectre dangereux pour la démocratie existe. Beaucoup ont voulu brandir un "front républicain" dans l’entre-deux-tours. Ce "front" ne se justifie plus : le choix que feront les Français ne se résume pas à un affrontement entre Macron et les extrêmes, qu’il s’agisse du Front national ou de La France insoumise. D’autant que le programme du nouveau président reste sur certains aspects nébuleux tandis que certains de ses plus proches collaborateurs se retrouvent déjà au cœur d’affaires que l’on croyait pourtant révolues avec cette promesse forte mais peut-être déjà caduque du candidat Macron de "moralisation de la vie politique".

Marqué à droite

Non, Emmanuel Macron n’a pas le monopole de l’alternative aux extrêmes. Même si l’élection présidentielle a été décevante pour Les Républicains, les idées de la droite républicaine n’ont pas été désavouées. Au contraire, en nommant un Premier ministre de droite, le président de la République a donné le signal qu’il souhaitait travailler avec un Parlement fort et marqué à droite. C’est pourquoi nous abordons ces législatives de manière constructive : avec le souhait de soutenir le gouvernement et le président dans les directions que nous jugerons positives, notamment sur l’Europe, mais avec l’ambition d’amender ou d’éviter toutes celles que nous jugerons nuisibles aux Français, sur la CSG, sur les retraites ou les hausses d’impôt sur les revenus et l’immobilier. De même, nous veillerons à éviter les demi-réformes ou les textes inaboutis. Enfin, nous prendrons les mesures de baisse des dépenses publiques nécessaires pour respecter nos engagements européens.

Cela fait partie de la vie démocratique et de l’équilibre entre exécutif et législatif dans le cadre du "parlementarisme rationalisé" qui constitue une des sources de la Ve République telle que voulue par le général de Gaulle et auquel nous sommes viscéralement attachés. Or, c’est justement là tout l’enjeu de ce scrutin et là que nous devrons être vigilants après le 18 juin.

Danger !

L’approche parlementaire d’Emmanuel Macron, qui vise à faire entrer à l’Assemblée nationale des députés inexpérimentés, voire franchement incompétents de La République en marche (LREM), porte en elle les germes dangereux de l’autocratie et du parti unique.

David Dornbusch, président de l’ONG CleanTuesday, écrivait ceci dans une tribune au "Monde" le 12 mai dernier : "Ces futurs députés sans base locale, qui seront paradoxalement affaiblis par la saine réforme du non-cumul des mandats, ne seront redevables qu’envers le président élu. L’on peut imaginer que, dans l’optique de leur éventuelle désignation, ils se montreront d’une docilité absolue. Premier signe très inquiétant dans une démocratie où l’équilibre des pouvoirs reste précaire." Le risque est réel de voir Emmanuel Macron, qui évoque lui-même son envie d’exercer un pouvoir "jupitérien", concentrer à terme tous les pouvoirs entre ses seules mains et ainsi gouverner par ordonnances après avoir obtenu de ces députés sans passé politique qu’ils participent au spectacle d’un Parlement qui se dessaisirait sans broncher des prérogatives du législatif.

Les Républicains sont bien décidés à jouer leur rôle de garde-fous : non, l’éventuelle majorité qu’obtiendra Macron ne s’assimilera pas à un chèque en blanc. La droite n’a certes pas l’intention de jouer au petit jeu de l’obstruction systématique pour empêcher le président de mettre en œuvre sa politique. Mais elle assumera son rôle depuis les bancs de l’Assemblée et ne laissera pas une cohorte de béni-oui-oui donner les pleins pouvoirs au chef de l’exécutif.

Voici quelques jours, dans une interview au "Parisien", notre chef de file François Baroin a déclaré que Les Républicains étaient "prêts au partage des responsabilités". Il ne faut pas y lire une volonté de s’embarquer dans une nouvelle cohabitation. L’histoire a démontré les limites de ce système. Il faut plutôt y voir la possibilité d’un véritable contrat de gouvernement, où chacun exerce sa responsabilité à la place qui est la sienne : le gouvernement propose et met en œuvre ses options politiques, sous le contrôle d’un Parlement qui sait faire preuve de vigilance et maintenir la séparation des pouvoirs.

La recette belge a fait ses preuves

Vivant à Bruxelles quasiment sans interruption depuis 2000, candidate LR pour le Benelux, j’ai appris à connaître et apprécier cette alternative à la cohabitation qui a fait ses preuves depuis des décennies en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg mais aussi en Allemagne, à savoir la composition de gouvernements de coalition. Grâce à ce que les Allemands appellent un "contrat de coalition" et les Belges un "accord de gouvernement", l’hégémonie d’un parti est évitée tout en garantissant à tous les membres de la coalition que les choix sont mis en œuvre.

En France, cette formule n’a jamais été véritablement expérimentée car nous avons toujours connu un affrontement classique gauche/droite, souvent peu productif, et qu’Emmanuel Macron souhaite aujourd’hui transcender. Une telle formule rencontrerait assurément la promesse de renouveau de la vie politique que brandit tel un étendard le nouveau président de la République.