Opinions

Paris au mois d’août. En cette fin de journée, en cette saison, Paris offre aux rares Parisiens, aux nombreux touristes, un délicieux petit air de province avec ses vastes boulevards dégagés et ce soleil qui décline lentement sur les quais de la Seine. Qu’il fait bon s’y attarder, siroter un petit vin frais à la terrasse d’une brasserie et regarder la vie qui va, doucement.

Il nous a donné rendez-vous au Café de Flore, à Saint-Germain, où, il y a plus de dix ans, il a posé ses valises dans une chambre de bonne de 14 mètres carrés. Aujourd’hui, il loue cet espace à un danseur du Lido, trop heureux de vivre dans ce quartier jeune, branché.

Lui, ce petit Belge alors inconnu, aujourd’hui humoriste redouté, s’est installé dans un 31 mètres carrés, plus près de la Maison de la Radio, son lieu de travail. Ou si peu. Car il l’affirme : il travaille beaucoup, mais, surtout, il s’amuse. Payé (bien) pour raconter des blagues, c’est quand même dingue !

Avec ses boucles d’argent, ses baskets, son foulard, sa démarche d’adolescent, son sourire rayonnant, Alex Vizorek respire la joie, la fraîcheur. On sent qu’il est bien dans cette ville qui lui a tout donné. Progressivement. Sa gloire actuelle ne lui est pas tombée sur le crâne en une fois. Non. Sa reconnaissance, il l’a bâtie pierre par pierre, jour après jour. Son talent n’était pas inné. Son sens de la repartie, ses formules, son phrasé, ses attitudes, ses bons mots : il les a travaillés au cours Florent puis avec Nathalie Bataille qui a mis en scène son premier spectacle, celui qu’il présente encore chaque samedi dans une ville de province. Spectacle modestement intitulé "Alex Vizorek est une œuvre d’art". Il y a quelques années, dans les rues d’Avignon, il "tractait" comme un fou pour avoir 50 personnes. Cette année, les gens qui le croisent dans la rue lui en veulent parce qu’il n’y a plus de place…

Mais rien n’est le fruit du hasard. Aujourd’hui, avec sa collègue et amie Charline Vanhoenacker, il est une des valeurs sûres de France Inter. Près d’un million d’auditeurs les suivent chaque jour. Alex Vizorek pourrait en tirer une certaine gloire, une certaine arrogance. Non. Il garde la tête froide, c’est son côté "belge", sa marque de fabrique : rester cool, ne pas se prendre (trop) au sérieux, tout en travaillant sérieusement.

Alex Vizorek a aussi sa part de gravité, de réflexion, sur son métier, sur le sens de la vie, sur la mort. Sur les enfants, aussi : non il ne sent pas pour l’instant le désir d’en avoir, le désir de transmettre, de donner la vie. Il veut simplement être une "bonne personne" et faire rire. Les sourires, c’est cela qui le fait vivre.

Dans quel milieu familial avez-vous grandi ?

Je dirais : bourgeoisie moyenne. J’ai eu une chance exceptionnelle : j’ai été très entouré par des femmes. Ma mère évidemment. Une sœur. Mais aussi deux grands-mères et une vieille tante. Que des femmes.

Les hommes ?

Mon père a créé des magasins de chaussures. Mon grand- père était le fondateur des chaussures Lautrec. Il avait fondé une usine à Huizingen, près de Hal. Ils étaient partis de rien et avaient créé cette boîte qui a bien fonctionné en Belgique. Ils vivaient confortablement mais la génération qui les avait précédés n’avait pas beaucoup d’argent.

Quel genre d’enfant avez-vous été ?

Quand je dis cela, ma mère se fâche : mais je n’étais pas très heureux alors que j’avais tout pour. Je ne trouvais pas de choses qui me passionnaient. Pas vraiment d’amis non plus.

Solitaire ?

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