Opinions

Une chronique d'Etienne de Callataÿ.


Les récents scandales politiques exigent aussi une autre vision du rôle des élus et des électeurs.


Le vent des réformes en matière de pratiques politiques s’est levé en Belgique. C’est une excellente chose, et il est réjouissant de constater auprès des citoyens une capacité d’indignation non édulcorée, malgré la litanie des affaires. L’estompement de la norme auprès d’hommes politiques n’a donc pas son pendant auprès de la population, pour qui la norme éthique reste bien ancrée.

Que l’opinion se scandalise de comportements dont semblent s’être accommodés un certain nombre de politiciens remet au goût du jour, en en offrant une variante, le beau concept de "décence ordinaire" ("common decency") de George Orwell. Pour lui, l’homme et la femme de la rue se révèlent moins enclins à accepter le moralement inacceptable que les intellectuels, qui, pour voir triompher leurs idées, sont prêts à davantage d’accommodements avec les principes moraux.

Ici, nous étendrions l’observation des intellectuels aux hommes politiques, qui, eux aussi, veulent faire avancer leurs idées. L’exercice politique est difficile. De grands sacrifices familiaux sont exigés, le recyclage dans le monde civil est compliqué, les alliés de parti ne sont pas rarement des rivaux et l’ego est mis à mal par les déconvenues professionnelles, les critiques et la mise en comparaison, qu’il s’agisse de voix dites de préférence ou de présence dans les médias. Ces coûts élevés de la politique sont plus légers si l’on est convaincu d’être meilleur que le remplaçant potentiel et donc si l’on y exerce plus d’influence, et si on y reçoit plus de récompenses.

Comme l’envie de cumuler mandats et rémunérations se comprend, la réponse aux scandales viendra pour partie d’un renforcement des règles en la matière et d’un meilleur contrôle de leur respect. Toutefois, il faut voir que même les meilleures règles ont leurs inconvénients, notamment en ce qu’elles génèrent des stratégies de contournement et qu’elles amènent à se priver de bons candidats. C’est pourquoi la meilleure gouvernance devra aussi venir d’un autre état d’esprit, à la fois plus critique, plus modeste et davantage tourné vers l’intérêt réellement général.

Le député-bourgmestre aime dire qu’il porte la voix de sa commune et en défend les intérêts dans le Parlement où il siège. Or, tel ne peut pas être le rôle d’un parlementaire. Interdire le cumul des fonctions ne suffit pas : le parlementaire qui ne serait que parlementaire pourrait chercher à assurer sa popularité en se faisant le champion de sa région d’origine. La bonne gouvernance ne viendra que de la conviction des électeurs comme des élus que, à l’heure du vote, seul l’intérêt général doit guider leurs comportements.

Le ministre, ou tout récemment le Premier Ministre à propos d’investissements du groupe Volkswagen - celui du dieselgate -, à Forest, aime dire que son intervention personnelle a contribué à une décision heureuse. Or, dans un Etat de droit, les règles sont connues de tous et les mêmes pour tous. Le membre de l’exécutif n’a pas à accorder des privilèges. Il doit accepter de confiner son pouvoir discrétionnaire. Il doit aussi se soumettre à la plus grande transparence et bien entendu tenir un registre de ses contacts avec tout lobby.

Le citoyen a aussi sa part de responsabilité dans la bonne gouvernance. S’il scrute les déviances dans les comportements individuels, il faudrait qu’il accorde plus d’attention à l’évaluation des politiques publiques. On est loin du compte. On a plus lu sur le duo à la tête du Samusocial que sur l’efficacité de cette organisation qui mobilise pourtant des moyens conséquents. Y aurait-il moyen de faire mieux en matière d’extrême précarité avec les millions reçus ?

Voilà, par l’exemple, ce qui devrait préoccuper l’électeur lambda.


→ etienne.decallatay@orcadia.eu