Opinions

Vous avez eu une enfance particulière : votre père, qui était maire de Port-au-Prince, a dû partir en exil quand vous étiez encore très jeune.

Beaucoup de jeunes Haïtiens avaient un père exilé. Je n’ai quasi aucun souvenir de lui, vivant. Je me souviens qu’il m’avait soulevé du sol vers lui, c’était un mouvement vertigineux, extraordinaire. J’avais 4 ans. Pour le reste, plus rien. Je l’ai connu à travers la mémoire de ma mère et quelques photographies. Après, je l’ai revu… dans son cercueil, à New York où il s’était exilé.

Par qui avez-vous été élevé ?

Par ma mère et surtout par ma grand-mère qui vivait en province, à Petit-Goâve. A 12 ans, je suis rentré chez ma mère à Port-au-Prince. Je n’étais plus directement menacé : les dictatures, étrangement, n’ont pas une longue mémoire. Mon père s’était un peu assagi en exil. Je ne représentais plus de menace directe. J’ai donc pu étudier au collège, chez les frères religieux.

Vous avez vécu dans un cercle, très protégé par les femmes qui vous entouraient…

J’étais dans un cercle rouge, un cercle de feu qui me protégeait des griffes du monstre, le dictateur, François Duvalier, "Papa Doc". J’étais protégé de la vulgarité du monde, de la grande bêtise de la dictature qui était une injustice constante et quotidienne. Les enfants sont sensibles aux injustices, surtout les injustices de classe sociale.

Quand le goût de la lecture vous est-il venu ?

(...)

Découvrez ce long entretien avec l'Immortel Dany Laferrière.