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Comment vous est venu ce goût pour le journalisme ?

Tardivement. Après mon bac à Bruxelles, je suis allée à Paris suivre des études de Lettres (khâgne, hypokhâgne). Je ne savais pas trop quoi faire. Les métiers possibles, c’était surtout enseigner. Etre prof ne m’allait pas du tout. J’ai regardé à quel type de profession ma licence de Lettres pouvait ouvrir : j’ai postulé à Sciences po et à d’autres concours dont la porte d’entrée était la licence de Lettres. Le premier de ces concours était le journalisme au CFJ (Centre de formation des journalistes). Je l’ai eu. J’ai donc décidé d’être journaliste.

Mais pas tout de suite "reporter"…

Je trouvais qu’être journaliste, ce n’était pas assez concret. J’ai d’abord choisi la technique : j’étais secrétaire de rédaction au "Nouvel Economiste" puis à "Libération". J’aimais ce travail nocturne, j’étais heureuse, je ne pensais pas être reporter. Puis, on m’a proposé de remplacer un journaliste qui traitait des faits divers. Dès le premier reportage, j’ai adoré cela. Ma vie a changé. Ce qui m’a tout de suite plu, c’était le terrain. J’aime rencontrer des gens qui ne sont pas des professionnels de la communication. Bien plus que des ministres. Puis, de fil en aiguille, on m’a proposé des reportages à l’étranger.

C’était le Rwanda en 1994…

Je suis partie sans aucune notion de rien du tout. La première fois où j’ai mis le pied au Rwanda, les gens se sont mis à tirer. Pour bien voir, je suis montée sur une butte. La personne avec qui j’étais m’a dit : "E h, c’est la guerre !" C’était mon initiation de terrain. Après, on m’a envoyée en Algérie, puis au Kosovo, puis en Irak. Il m’a fallu du temps pour comprendre que j’étais devenue correspondante de guerre alors que notre génération était celle de la paix, de la réconciliation, de la chute du Mur, de l’Europe. Les massacres, les guerres, c’était la génération de nos pères. Mais la guerre nous a rattrapés.

Découvrez ce long entretien avec la journaliste Florence Aubenas.