Opinions

Pourquoi les églises se vident-elles ?

Toutes ne se vident pas. Mais il y a de vraies questions à se poser. Les gens ont toujours un grand besoin de méditer ensemble. Pour "Emergences", un mouvement d’inspiration bouddhique, j’ai été invité, avec Matthieu Ricard, récemment, à guider la prière et la méditation dans un grand auditoire de l’Université libre de Bruxelles : il y avait 700 personnes. J’y ai commenté les Béatitudes, essayant d’en donner une lecture contemporaine. Je crois que l’aspiration spirituelle n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui. Nous en avons des tas de manifestation dans de multiples lieux. Mais, de fait, l’Eglise ne peut pas ne pas s’interroger : alors qu’elle a de vrais trésors dans son vase d’argile, elle éprouve de la peine à les faire découvrir.

Y a-t-il un a priori qui empêche d’aller dans les lieux où le message du Christ est donné ?

Peut-être. Je pense qu’il faut aussi réinterroger fondamentalement ce dont nous sommes héritiers. Un héritier qui ne revisite pas son héritage, affadit l’héritage. C’est la Parabole des talents. Le premier met son talent en terre. Il le montre tout fier au seigneur. Les deux autres l’ont joué, en prenant des risques. L’Evangile félicite ceux qui ont risqué. Je pense donc qu’il faut risquer notre patrimoine, il faut oser le réinterroger, lui donner une vie nouvelle qui soit à la hauteur des défis contemporains. Quand on le fait, le public répond. Le Vendredi saint, au prieuré, nous réinterprétons la passion du Christ à la lumière de gens qui ont vécu la passion d’aujourd’hui. Le message de l’Eglise est plus vivant que jamais. Les Béatitudes sont plus urgentes que jamais. Nous avons, dans l’Evangile, une parole poétique qui est fondamentale pour notre temps. Il y a peu de traditions qui peuvent dire qu’elles ont des sources aussi solides. Mais il faut les retraduire. Il ne faut pas les proposer de manière trop répétitive ou trop figée. Il faut oser les habiter, interpréter, les jouer. Les chanteuses d’un groupe de Liège qui nous accompagnent dans toutes nos liturgies au prieuré réussissent à montrer comment Francis Cabrel, Jean-Jacques Goldman, Patricia Kaas, etc., ont, dans leurs chansons, des choses qui sont directement en relation avec l’Evangile. C’est très stimulant.