Opinions

Rencontres intimistes. Dans cette rubrique, "Etats d’âme", nous ne cherchons pas à faire réagir nos invités à l’actualité chaude, à traquer la petite phrase, le propos choc, le trait assassin. Nous partons à la recherche de l’homme, de la femme qui se cache derrière le personnage public. Nous voulons comprendre le sens de l’engagement politique, économique, social, culturel, religieux. Nous tentons de comprendre le moteur de l’action au service des autres. Après Charles Michel, Paul Magnette, Emily Hoyos, voici Olivier Maingain.


Dans cette maison de maître belle mais un peu décatie de la chaussée de Charleroi à Bruxelles, le président de Défi nous reçoit dans son bureau situé, côté rue, au premier étage. Trams et ambulances qui passent assurent le fond sonore. Il faut parfois tendre l’oreille pour capter les paroles d’Olivier Maingain. Car sur le terrain un peu personnel, l’homme ne se confie pas facilement. Mais à la réserve succède vite l’assurance, quand on aborde les choix politiques, les convictions, les passions. Qui pourrait croire qu’il se lève tous les jours à 5 heures 30 pour arpenter les rues de sa commune ? Et que chaque soir, il lit pendant 45 minutes avant de s’endormir… Mens sana in corpore sano.

Comment est né votre engagement politique ?

Dans le milieu familial. J’avais un père fonctionnaire qui suivait l’actualité politique. C’était un militant francophone. Nous n’avions pas la télévision à la maison, c’était interdit par mon père. Nous lisions deux quotidiens, "Le Soir" et "La Libre", et écoutions la radio. Chaque midi, mes frères et moi rentrions du collège Saint-Michel pour déjeuner à la maison et nous écoutions le journal parlé de 13 heures. Mon père commentait l’actualité politique, orientait les discussions. J’étais le petit dernier : j’étais une éponge qui retenait tout. Mes deux frères aînés, parfois, contestaient les points de vue paternels. Cela dit, mon père nous laissait libres et faisait preuve d’une très grande tolérance. Il nous a entraînés très jeunes dans des manifestations diverses : le mouvement wallon à Bruxelles, les Fourons…

Est-il le seul à vous avoir influencé ?

J’ai aussi été très influencé par un de mes professeurs, le père Pilette : il nous lisait en classe et commentait les œuvres d’Edgar Morin. Il nous ouvrait l’esprit à des réalités multiples de la pensée, de la littérature. Je peux le dire maintenant : il était très sympathisant du FDF. Car bien plus tard, lors des campagnes électorales, il me demandait des dépliants du parti pour les distribuer aux pères de la Congrégation. Le débat politique faisait donc partie de mon univers quotidien.

Vous êtes passé des Jésuites de Saint-Michel à la très laïque ULB…

C’est ce père jésuite qui m’avait conseillé d’aller à l’ULB… Et je me souviens que Johan Bartier, professeur de l’ULB, grand historien, grand maître dans une loge, avait l’habitude de demander à ses étudiants où ils avaient fait leurs études secondaires. "Saint-Michel, me dit-il , excellent établissement, très bonne formation…" Un Jésuite qui me conseille l’ULB, un franc-maçon qui me félicite d’avoir été à Saint-Michel… beau pluralisme.