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Né à Fès, au Maroc, Tahar Ben Jelloun obtient le prix Goncourt pour "La Nuit sacrée" en 1987. Son dernier livre "La punition", relate son séjour forcé de 19 mois dans un camp militaire. Rencontre.


Il semble y avoir débat : êtes-vous né en 1944 ou en 1947 ?

Je crois que je suis né en 1947. A l’époque, il n’y avait pas d’état civil au Maroc. J’ai un frère qui a, à peu près, deux ans de plus que moi. Mon père a voulu que nous soyons dans la même classe. Il m’a donc vieilli d’au moins deux ans.

Dans votre dernier livre, "La Punition", vous racontez votre séjour de 18 mois dans un camp de redressement où les sévices corporels étaient quasi quotidiens. Pourquoi avez-vous été arrêté ?

Etudiant en philosophie à Rabat, j’ai participé à une manifestation très pacifique. Nous avons été rejoints par des chômeurs, des ouvriers, des gens mécontents. C’est devenu un soulèvement populaire dans tout le Maroc. La répression a été féroce. Les autorités ont mis plusieurs jours pour mater la révolte. Il fallait punir les initiateurs de cette manifestation. Pour le régime de l’époque, les responsables étaient les étudiants dont j’étais. Nous avons été convoqués pour faire un service militaire dans un camp disciplinaire de l’armée : il fallait nous redresser pour avoir osé contester le régime de Sa Majesté.

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