Opinions Concrètement, démontrons dès maintenant la valeur ajoutée de l’Union européenne. C’est par celle-ci que la confiance pourra revenir.

Une opinion d'Etienne Davignon, ancien vice-président de la Commission européenne.

Depuis quelques mois, le contexte dans lequel la politique européenne cherche sa voie s’est transformé d’une manière spectaculaire. L’horizon était obscurci. Le fatalisme morose avait pris le dessus, tant les Etats et les citoyens étaient accablés par trop de mauvaises nouvelles. Les pessimistes jouaient les sages, les volontaristes étaient ridiculisés.

Les Etats-Unis, après l’élection de Donald Trump, ont provisoirement abandonné leur ambition de promouvoir un monde responsable, fondé sur les valeurs fondamentales de la démocratie, garante d’une paix juste et à l’écoute d’alliés structurels en Europe, en Asie et en Amérique latine. En félicitant Theresa May à l’occasion du Brexit, le président américain a montré le dédain qu’il affiche à l’égard de l’Union européenne, que tous ses prédécesseurs ont considérée comme l’associée indispensable de leur stratégie, et cela dans leur propre intérêt. La décision de Donald Trump concernant l’accord de Paris a confirmé son statut de Président irrationnel.

Alors, quelles sont les chances et les défis de l’Union européenne ?

En France

L’élection du président Macron a démontré que lorsque les partis traditionnels échouent, que le populisme et l’extrémisme cherchent à occuper l’avant-scène, les citoyens peuvent écouter la voix d’une personnalité qui, plutôt que de se borner à condamner les autres, propose un projet pour son pays et pour l’Europe. La déroute de tous les acteurs traditionnels de l’extrême droite à l’extrême gauche a confirmé le rejet de la politique "traditionnelle".

Cependant, seul un électeur sur deux a participé au scrutin. Regagner la confiance des électeurs sera peut-être le plus grand défi du nouveau gouvernement français.

Une Union de minorités

Lorsque les dirigeants parlent mal de l’Union européenne, pourquoi les citoyens ne les croiraient-ils pas ? Mais lorsqu’une personnalité leur dit que leur Etat a besoin de l’Europe pour faire face au monde moderne, ils écoutent car ils savent qu’aucun Etat ne peut seul assurer la sécurité interne et externe, garantir les conditions d’un commerce international équitable, protéger ses intérêts légitimes et gérer le changement climatique.

L’Union européenne s’est créée non sous la pression d’un Etat dominateur mais par la volonté commune des six Etats fondateurs de combiner les forces de chacun pour construire ensemble un destin commun. L’Union européenne est dès lors une union de minorités, animée par le dynamisme des institutions européennes, soutenue par l’entente franco-allemande. L’histoire a démontré que celle-ci était à la fois indispensable mais pas suffisante.

Lorsque, comme dans un passé récent, cette relation balbutie, l’équilibre est rompu et l’Allemagne pèse trop. Le doute s’installe avec l’immobilisme qui en découle.

Tordons en passant le cou à deux idées fausses :

- Le transfert de souveraineté a fait des Etats membres des exécutants et non des responsables de la stratégie définie en commun. Si la Commission propose, les Etats membres et le Parlement européen décident dans les matières où la seule souveraineté des Etats ne peut répondre aux défis que les Etats doivent surmonter. La souveraineté est partagée, telle est la nouvelle réalité.

- L’Europe ne protège plus. Or, c’est elle qui régule les excès des particularismes, des égoïsmes, et qui fait de la solidarité un principe.

Nous sommes aujourd’hui vingt-sept Etats membres, c’est un succès considérable car la division artificielle de l’Europe à l’issue de la dernière guerre mondiale a été pacifiquement écartée. La diversité de l’Union s’est accrue, c’est une richesse, bien sûr, mais l’on ne peut oublier la règle fondamentale qui a gouverné l’Union depuis sa naissance. Rien ne sera imposé à un Etat mais, à son tour, aucun Etat ne peut s’opposer aux développements que ses partenaires souhaitent. Toute avancée doit être ouverte à tous mais pas nécessairement engagée par tous.

Les priorités

Cela précisé, maintenant, agissons en démontrant de manière concrète la valeur ajoutée de l’Union. Cela doit se faire dans les domaines suivants :

1 - La croissance économique

Les erreurs commises tant par les Etats membres que par les institutions trop longtemps laxistes, ont conduit à une crise économique que nous sommes en voie de surmonter. Les indicateurs sont au vert, c’est le moment de relancer l’investissement et l’innovation. Il faut donc renforcer le socle de l’Euro-zone en la dotant d’une gouvernance plus claire et de moyens budgétaires qui en garantissent la solidité. Dans ce cadre, la justice sociale demeure une priorité et il faudra revisiter les sujets délicats, comme le régime de détachement des travailleurs.

2 - La sécurité à l’intérieur

La lutte contre le terrorisme ne peut être que commune car nos frontières le sont. Le contrôle extérieur est possible et indispensable. L’immigration ne peut, malgré les difficultés, échapper à la nécessité d’en déterminer les conditions et de distinguer ceux qui fuient les horreurs des guerres intestines et ceux qui cherchent à rejoindre des zones de plus grande croissance. Des accords sous forme de partenariat avec les pays d’immigration doivent être renforcés ou conclus.

3 - La sécurité externe et la Défense

L’heure est venue de remettre, avec ceux qui le veulent, nos moyens de Défense en commun. L’attitude américaine et la politique de Vladimir Poutine en font un domaine de salut public. Il est légitime pour la France, membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies et détentrice de l’arme nucléaire, d’assumer un rôle de leadership. Ceci aura aussi pour effet de rééquilibrer la relation franco-allemande. Nous devons avoir une attitude commune concernant les zones de conflit et agir, chaque fois que cela sera nécessaire.

4 - Le réchauffement climatique

L’Europe a montré le chemin. Elle continuera de le faire.

5 - La sortie du Royaume-Uni de l’UE

La décision britannique, aussi déplorable qu’elle soit, est aujourd’hui un fait. L’objectif est clair, développer avec le Royaume-Uni une relation qui affaiblisse le moins possible notre Union et notre nouveau partenaire. Theresa May, après son pari perdu, sera obligée d’adopter une attitude moins matamoresque. Le remaniement de son gouvernement, que sa faiblesse a rendu inéluctable, semble confirmer cet espoir. Il n’y a que deux seules vraies lignes rouges : le Royaume-Uni ne peut bénéficier d’un régime plus favorable que celui dont elle jouissait comme membre de l’Union. Les droits de ceux qui, jusqu’au référendum, étaient des citoyens européens, ne peuvent être modifiés.

6 - Des actions pour la jeunesse

Des programmes précis doivent être développés pour étendre aux apprentis les programmes Erasmus, par exemple.

L’Europe doit nous aider à retrouver la confiance sans laquelle aucune action nouvelle n’est crédible. Que chacun en prenne conscience.