Opinions

Après avoir été interpellé et placé en garde à vue le 26 juillet, le journaliste Loup Bureau, 27 ans, étudiant à l’Institut des Hautes Études des Communications Sociales (IHECS) à Bruxelles, est détenu en Turquie dans une prison à Sirnak depuis le mardi 1er août dernier.

Une opinion de Opaline Meunier (Présidente de l’Union des étudiants de la Communauté française), Olivier Coppens (Président du Conseil des étudiants de la Haute école Galilée), Jean-François Raskin (Administrateur de l’Institut des Hautes Études des Communications Sociales), Julien Nicaise (Administrateur de l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur), Yamina Ghoul (Secrétaire générale de la Confédération des Organisations de Jeunesse Indépendantes et Pluralistes), Martine Simonis (Secrétaire générale de l’Association des Journalistes professionnels) et Ricardo Gutierrez (Secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes).


Loup est suspecté d’assistance à une “organisation terroriste armée”; cela est évidemment absurde et totalement faux.

En vérité, son seul tort est d’avoir réalisé un reportage en 2013, pour TV5 Monde, au sujet des combattants kurdes en Syrie et de s’être rendu à nouveau cet été dans la région de Habur, entre l’Irak et la Turquie, afin d’actualiser ce même reportage. En vérité, son seul tort est d’avoir exercé son métier, son seul tort est d’être journaliste. Nous rappelons que Loup est le troisième journaliste français arrêté en Turquie au cours de ces douze derniers mois et que des centaines d’autres y sont actuellement incarcérés.

Loup est déjà un journaliste accompli. Il a réalisé des reportages en Égypte après la révolution de 2011, en Ukraine où il a assisté à l’annexion russe de la Crimée en 2014, dans les zones tribales pakistanaises…

Afin de compléter son cursus académique, Loup Bureau est en passe de terminer des études de journalisme à l’Ihecs. Il devrait présenter son mémoire en septembre prochain. Très apprécié du corps professoral, Loup est un étudiant consciencieux mais aussi un journaliste passionné depuis le plus jeune âge. Patrick Remacle, ancien grand reporter à la RTBF, aujourd’hui professeur à l’Institut des hautes études des communications sociales de Bruxelles, assure que son élève n’est pas une tête brûlée. “Loup est quelqu’un de réfléchi, qui s’intéresse aux pays en guerre, plus pour souligner l’impact des conflits sur les populations que pour le conflit en tant que tel.” Il a une vision pure et humaniste du journalisme.

D’après Jean-François Raskin, administrateur de l’Ihecs et membre du jury du mémoire que doit défendre Loup, “cette arrestation est absurde […] Il [Loup Bureau] n’est pas politiquement engagé, c’est aux gens qu’il s’intéresse.”

À l’occasion de sa victoire à la bourse Sophie Soudant pour son reportage en Ukraine, “Les enfants de Maïdan”, il confiait : “Le terme journalisme me fait encore rêver dans la mesure où on représente plus que de simples communicants d’une information, on est là pour montrer et porter la plume dans la plaie, comme dirait Albert Londres.”

Un Comité de soutien à Loup Bureau, composé de membres de sa famille et d’amis proches croisés lors de ses études, a lancé ce lundi 7 août une campagne de communication accompagnée d’une pétition. Cette campagne de mobilisation a pour but d’alerter les autorités françaises sur le sort de Loup Bureau. Le Comité et la famille de Loup s’inquiètent de ses conditions de détention et appellent à sa libération immédiate.

Nous nous inquiétons également des conditions de détention que pourrait subir Loup Bureau ainsi que du caractère extrêmement sommaire de la procédure judiciaire. De manière générale, nous nous inquiétons du climat de suspicion permanente qui règne en Turquie et qui touche notamment l’enseignement supérieur et la presse, et, en particulier, du traitement infligé aux journalistes dans une Turquie qui considère les médias comme des opposants au régime ou des partisans de mouvances rebelles.

Nous demandons à Monsieur le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, de tout mettre en œuvre pour accélérer la libération de Loup, et de joindre ses efforts à ceux des autorités de la République française afin de permettre à cet étudiant de revenir en Belgique terminer ses études dans les meilleures conditions.

--> Cette lettre ouverte a été remise ce mardi 8 août au ministre Didier Reynders.