Opinions Avant même d’établir des mesures visant à réduire notre impact sur le climat, il faut donner aux chercheurs les moyens de prouver qu’ils ont raison. Car la science a un coût, qu’il soit humain, logistique, ou financier.

Une opinion d'Oscar Brousse, doctorant en géographie à la KULeuven (groupe d'étude des climats régionaux).

Voilà près d’un mois que le chef de l’Onu, M. Antonio Guterres, a annoncé qu’il nous restait deux ans afin d’inverser la courbe de nos impacts sur l’environnement. Un challenge qui à peine sorti de sa bouche semble insurmontable, du moins au vu du peu de volonté décisionnelle de nos politiques en ce sens, comme la démission de Nicolas Hulot vient de le souligner. Pourtant, nos modèles climatiques, nos technologies avancées et nos perpétuelles capacités d’adaptations aux perturbations influant sur le développement de nos sociétés sont autant d’atouts en notre possession qui nous permettraient, en soi, de relever le défi. Nous avons de fait les cartes en main pour bâtir le château d’une société plus résiliente. Et cependant, ce dernier tend à s’écrouler fréquemment dès les premières cartes posées. Pourquoi ? Simplement, parce que nous ne savons toujours pas comment le construire.

Green washing quotidien

Certains scanderont que nous disposons de tous les savoirs nécessaires, que nous sommes en mesure de contrer les changements climatiques, et ils auraient raison, si seulement ils savaient exactement vers où aller. La vérité est bien plus sombre et nous ne savons en fait que très peu des différents effets que vont avoir les changements climatiques sur nos populations, dans leur globalité déjà, mais surtout dans leurs localités.

Le green washing que nous subissons au quotidien entretient cette perversion de notre système qui soutient l’idée que nous en sommes capables, que les bâtiments zéro émissions que nous élevons tant à Bruxelles qu’à Marseille réduiront de manière efficace nos consommations énergétiques dans deux situations climatiques pourtant si différentes, qu’ensemble nous construisons un avenir meilleur. C’est dans ce vide, juridique, que s’immiscent les lobbyistes des plus grands défenseurs de la destruction de notre planète.

Il leur est en effet assez simple de prouver qu’il n’existe aucun consensus scientifique capable de démontrer avec "certitude" que les modes de consommation et de production actuels sont en grande partie responsables des enjeux de demain. Nous ne disposons pas, nous scientifiques, des moyens nécessaires pour apprendre suffisamment vite sur la complexité des interactions et des rétroactions qu’engendrent les activités anthropiques sur l’environnement. Nous n’avons à l’heure actuelle qu’aperçu la pointe de l’iceberg, et nous sommes assez confiants sur la forme que pourrait avoir sa face immergée.

La difficulté de faire entendre notre voix au niveau politique vient de ce Graal auquel nous aspirons, celui d’être certains. C’est cette même certitude qui a fait depuis son avènement la force de la science et de ses dogmes, certitude qui lui donne raison. Seulement voilà qu’aujourd’hui elle en est également sa plus grande faiblesse. Sans les moyens de prouver, de défendre et d’affirmer une hypothèse il n’existe pas de science, et il devient difficile de demander à ses fidèles de croire et de continuer d’avoir foi.


© olivier poppe


Lueurs d’espoir

Pour autant, il existe de nombreuses lueurs d’espoir qui continuent d’illuminer ce parcours auquel l’humanité devra se plier. Nous climatologues, avons vu cette lueur dans l’avènement de multiples données open source, particulièrement satellitaires, autrefois financées par nos gouvernements. Mais les fonds se tarissent et de moins en moins de missions de mesures voient le jour. En réaction, plusieurs innovations citoyennes naissent chaque jour et prouvent que de multiples avenirs sont possibles, qu’il est encore temps d’agir. La capture d’information par les citoyens, ce qu’on appelle le crowdsourcing, est une de ces voies prometteuses. Par exemple, des projets comme NetAtmo ou WunderGround, qui offrent aux individus la possibilité d’avoir une station météorologique personnelle pour une centaine d’euros, nous permettent d’obtenir depuis peu des données très détaillées sur la variété des climats de nos pays, en particulier en milieu urbain. Ceci est d’une réelle valeur ajoutée pour pouvoir réfléchir correctement à la construction de nos villes et de nos paysages de demain.

En effet, ces nouveaux types de données pourraient influencer d’une manière ou d’une autre les débats politiques qui animeront ces questions.

Nous désirons plus que tout voir de tels engouements se propager, et particulièrement au Sud, où l’avancée de nos recherches pâtit immensément du manque de données et de ressources que nous ne pouvons acquérir dans les pays en développement. Si nous ne sommes pas en mesure de répondre de manière adéquate aux enjeux de ces pays, ce seront non seulement les leurs, mais aussi les nôtres, qui en subiront de lourdes conséquences : les plans sociaux, migratoires, commerciaux, de sécurité alimentaire ou même militaire seront affectés.

La science a un coût

Il est clair que seuls, ces groupes isolés de personnes souhaitant apporter leur brique à l’édifice n’arriveront pas à outrepasser les problèmes de demain. Mais ils peuvent orienter la voie, en montrant aux décideurs que leurs hypothèses sont bel et bien fondées. Avec leur aide et un soutien financier et politique, les voiles recouvrant les mythes relatifs au réchauffement de notre planète pourraient être retirés. Les coûts que représentent ces investissements peuvent certes paraître astronomiques. Mais ils ne sont rien comparés à ceux pouvant surgir de l’inaction de nos pouvoirs en place pour soutenir nos chercheurs et chercheuses. Car, in fine, il s’agit de permettre à la science de fournir les résultats attendus dans l’idée de défendre au mieux les intérêts communs des populations face aux changements climatiques.