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Une fois encore, le centre fédéral fermé d'Everberg revient à la Une de l'actualité rappelant, si besoin en était, la précipitation et l'impréparation qui ont précédé son ouverture. Le relâchement dans la nature de trois mineurs délinquants multirécidivistes francophones n'est pas le premier incident grave et fâcheux et il ne sera certainement pas le dernier. Ces mauvaises notes risquent de ternir le bilan en la matière de la ministre communautaire francophone, Nicole Maréchal (Ecolo). Baignant dans un angélisme coupable et pour des raisons idéologiques, elle semblait n'avoir jamais abordé la problématique des places fermées de façon sérieuse. Par ailleurs, les feux clignotants allumés par les professionnels du secteur n'ont suscité qu'une prise en considération toute relative. Ce faisant, elle a laissé un champ important de la délinquance juvénile au ministre de la Justice, Marc Verwilghen. Ce dernier l'a occupé sans crier gare. Mais malheureusement, ses thèses sécuritaires et ses réponses sont inadaptées. En témoignent les 82 cas de refus d'admission à Everberg pour la section flamande depuis l'ouverture du centre. La section francophone en affiche 35. Mais augmenter le nombre de place à Everberg tout en réfléchissant à une réforme globale de l'accueil dans les Institutions de protection de la jeunesse (IPPJ) n'aurait pas été une mauvaise chose. N'est-ce pas là une approche anticipative de gestion des problèmes de la société propre à un responsable politique prévoyant? Malheureusement, il a fallu attendre un nouvel incident à Everberg, apportant de l'eau au moulin des partisans de la guéguerre communautaire pour annoncer que l'augmentation du nombre de places dans la section francophone à Everberg était déjà dans l'air. L'heure est aujourd'hui aux actes et non aux paroles, ni aux promesses. Le gouvernement de la Communauté française dans son ensemble se doit de proposer un plan crédible à la problématique de la jeunesse délinquante. Des moyens financiers et humains sont nécessaires. Il est temps de quitter le champ de l'angélisme, car en ratant le coche, on ouvre grandement un boulevard pour les idées de l'extrême droite. Et personne ne le souhaite. Il y va non seulement de l'avenir de la jeunesse, mais aussi de celui de la société tout entière.

© La Libre Belgique 2002