Opinions

PRÉSIDENT DE L'ASBL HUMAN RIGHTS WITHOUT FRONTIERS

La liberté de religion et de croyance est garantie par nombre d'instruments internationaux qui ont été signés et ratifiés par la Belgique. Les seules restrictions sont, à juste titre, les atteintes à la sécurité et l'ordre public, la santé ou les bonnes moeurs.

Après l'attentat au gaz sarin du groupe `religieux´ AUM dans le métro de Tokyo, les `suicides-homicides´ de l'Ordre du Temple Solaire et les massacres commis par d'autres groupes religieux, il était légitime que les Etats s'inquiètent et enquêtent. Les quinze pays membres de l'Union européenne se sont interrogés et en ont débattu sous une forme ou sous une autre dans leurs parlements respectifs ainsi qu'au Parlement européen. Le rapport sur les sectes de la députée européenne Maria Berger a été rejeté à plusieurs reprises (1998). Onze Etats membres ont considéré que le phénomène ne constituait pas une menace particulière pour la démocratie, la sécurité et l'ordre public. Ils n'ont pas adopté un arsenal spécifique de lutte contre les sectes mais ils ont privilégié une formule alliant à la fois la vigilance et le dialogue. Ils ne sont pas pour autant devenus des terres d'asile pour les sectes et n'ont pas vu la criminalité sectaire augmenter.

Dans les espaces culturels germanophones et francophones, la question a été ressentie et perçue différemment. L'Autriche a opté pour la diffusion massive d'une brochure mettant l'opinion publique en garde contre les sectes. La France, la Belgique et l'Allemagne ont créé une commission parlementaire d'enquête sur les sectes et ont publié un rapport. La France et la Belgique ont été les seuls pays à aller plus loin: elles se sont dotées d'organismes étatiques d'observation et de lutte contre les sectes.

La France a ouvertement déclaré la guerre aux sectes sur base d'une liste de sectes contestée et contestable. La Belgique a opté pour une formule plus nuancée: observation et dialogue avec les `sectes´ via un Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles et lutte contre les activités illégales commises par lesdites organisations.

Du rapport parlementaire belge sur les sectes (660 pages), seules les conclusions et recommandations (19 pages) ont été adoptées par le parlement. La liste des 189 mouvements étudiés lors de l'enquête n'a pas été votée et les auteurs du rapport ont d'ailleurs très clairement dit dans leur introduction: `Le fait pour un mouvement d'y figurer, même si c'est à l'initiative d'une instance officielle, ne signifie pas que pour la commission, il soit une secte, et a fortiori qu'il soit dangereux´ (p. 227). Le Centre d'information et d'avis a pour mandat de poursuivre le travail de la commission et n'a, à ce jour, rendu un avis que sur un seul mouvement: les Mormons. A ses yeux, ce n'est pas une organisation sectaire nuisible.

Malgré cela, il faut constater que `la liste´ est utilisée comme une liste de sectes dangereuses par des institutions privées et publiques. Parce que le mouvement de Hare Krishna `apparaît sur la liste des mouvements sectaires publiée dans le rapport rendu par la Commission parlementaire sur les sectes´, un prêt hypothécaire lui est refusé par un organisme public. La même raison est invoquée par des conseils communaux pour refuser à certains mouvements la location d'une salle publique. Une petite association de psychologues et d'accoucheuses (Vibration Coeur) s'occupant de l'accompagnement affectif du bébé perd une partie importante de sa clientèle parce qu'elle figure sur `la liste´. Dans des affaires de divorce, des avocats se réfèrent à la `liste´ pour dénier le droit de garde voire même le droit de visite à un parent membre d'une `secte´ et ils sont parfois suivis par le juge. Et que dire d'enfants de témoins de Jéhovah confrontés à une leçon d'un cours de morale dénigrant leur religion? Lors de la Conférence de l'Onu sur la tolérance religieuse dans l'éducation scolaire (Madrid, 23-25 novembre 2001), M. Amor, rapporteur spécial sur la liberté de religion et de conviction a insisté sur la chasse aux stéréotypes intolérants et discriminatoires à l'égard des religions et des convictions dans les écoles.

En conclusion, aucune liste officielle de `sectes nuisibles´ ne peut être utilisée comme référence pour un traitement différencié et discriminatoire de certains mouvements et le Centre d'information et d'avis est à ce jour l'organisme le mieux habilité à identifier les organisations sectaires nuisibles.