Opinions

Une opinion de Georges Dallemagne (député fédéral CDH).


Avec l'examen qui vient d'éliminer 82% des candidats aux études de médecine on a atteint un sommet de bêtise, d'absurdité et de brutalité gratuite.

Combien de fois faudra-t-il répéter qu'il n'y a pas trop de médecins en Belgique, mais pas assez !, - sauf pour quelques spécialités -, et que l'idée même de contingentement conduit à un désert médical programmé désastreux pour la qualité des soins à la population. Les études foisonnent à ce sujet. Les malades et les médecins crient d’ores et déjà au secours dans plusieurs spécialités et communes du pays.

Dans quelle langue faut-il dire qu’en réduisant le nombre de médecins belges diplômés, on ne réduit pas l'offre médicale en Belgique puisque les médecins européens s'y installent librement et facilement. D'ores et déjà 40% des numéros INAMI (qui permettent le remboursement des soins pratiqués par un médecin) ont été accordés l'an passé à des médecins étrangers ! Cette proportion est en constante augmentation ces dernières années. On aura donc de moins en moins de médecins belges et de plus en plus de médecins étrangers pour nous soigner alors que nos universités forment des médecins excellents, parmi les meilleurs au monde. L’examen d’entrée en médecine n'a donc pas aucun sens tant qu'on autorise tout médecin de l'UE à s'installer en Belgique sans aucune formalité. Ils le font par centaines chaque année, en toute liberté, sans aucun quota et sans que leur compétence médicale, empathique ou éthique ne soit évidemment interrogée. Dans quel autre pays du monde méprise-t-on autant sa jeunesse et son talent que pour lui préférer des professionnels venus d'ailleurs pour s'occuper d'une chose aussi grave que la santé de sa population ?

On nous dit : on fait comme en Flandre. C'est faux! En Flandre, les candidats aux études de médecine doivent obtenir une note globale de 10/20 dans les matières scientifiques et une note globale de 10/20 dans les matières non scientifiques. C'est tout.

Du côté francophone on a inventé huit (8!) notes intermédiaires et autant de notes d'exclusion. Si on avait retenu le système flamand un nombre bien plus considérable de candidats aurait été reçu du côté francophone, certainement plus de mille, probablement 1500. Pourquoi cette différence de traitement alors que les numéros Inami sont délivrés tant au nord qu'au sud du pays par la même autorité fédérale?

Le zèle des examinateurs excède de loin les rêves des demandes les plus flamingantes: moins de reçus que de numéros Inami décernés en 2023... il fallait le faire ! Si on enlève ceux qui abandonneront, ceux qui, une fois médecin s'expatrieront, travailleront dans l'industrie, la recherche, la santé publique, une activité non médicale, ceux qui rateront au moins une année (bien sûr qu'il y en aura!), combien au final restera-t-il de médecins pour soigner la population ?

Prétendre juger de l'empathie ou de l'éthique de futurs médecins comme ce fût le cas en interrogeant des jeunes gens de 17 ans sous la forme d'un questionnaire à choix multiples est une insulte à l'intelligence indigne de l'académie universitaire qui a imaginé un tel test. En exclure certains pour cote insuffisante à ce questionnaire est une bêtise qui fait penser aux procès en sorcellerie du Moyen-Âge. On en rirait si cela ne blessait pas des jeunes gens ahuris d'apprendre que, c'est clair, le test l'a démontré, ils manquent d'empathie...même si leur engagement social ou sportif ou dans des mouvements de jeunesse apporte un démenti cinglant à ces tests effarants. Dans quel cerveau mal connecté un tel exercice a-t-il été conçu ?

Enfin, la Wallonie et Bruxelles peuvent ils se permettre de dégoûter autant de jeunes gens de faire des études universitaires alors que les enquêtes démontrent qu'il y a un nombreinsuffisant de jeunes qui font des études supérieures...

Ce pays marche sur la tête, il en vient à écœurer des milliers de jeunes gens pourtant prêts à servir un des plus beaux métiers du monde. C'est le médecin que je suis qui l'affirme. Il faut arrêter ce massacre, cette insulte à la logique. Les universités ne peuvent plus prêter leur concours à une telle aberration. Les gouvernements fédéral et fédérés doivent revoir leur copie. L'examen doit être annulé. Pour la qualité de notre système de santé. Pour le respect que nous devons aux jeunes gens qui se lancent malgré tout ce qu'on leur fait subir dans ce difficile métier. Pour le rayonnement de la médecine belge dans le monde.