Opinions

Une opinion de Christophe Ginisty, professionnel de la communication.

Hier après-midi, Mark Zuckerberg s’expliquait devant des représentants du Parlement Européen et l’un d’entre eux, Guy Verhofstadt, a sans doute soulevé le point le plus pertinent depuis l’éclatement du scandale Cambridge Analytica.

"Vous me rappelez le personnage d’un livre, Monsieur Zuckerberg, celui d’un livre de Dave Eggers, ‘Le Cercle‘. Ce livre parle de grosses sociétés qui gèrent des données et qui deviennent hors de contrôle, et même leurs patrons n’ont plus le contrôle (…) Et puis il y a le fait que vous ayez moins, voire pas du tout de contrôle sur votre entreprise. Cela se voit parce que vous ne cessez de vous excuser, vous vous êtes excusé au moins quinze ou seize fois ces dix dernières années… Depuis 2003, chaque année vous avez un problème, une faille avec Facebook et vous vous retrouvez au pied du mur à devoir vous excuser, dire que vous allez régler le souci. Cette année ça fait déjà deux, non trois fois même que vous vous excusez, et nous ne sommes qu’au mois de mai."

Au-delà de ce qui peut apparaître comme une provocation de la part de ce député européen coutumier du fait, il y a une vraie question inspirée par une inquiétude totalement légitime. Facebook et ses 2 milliards d’utilisateurs peut-il être contrôlé, régulé ?

Facebook est un géant qui développe des technologies qui permettent aux gens de se connecter les uns les autres, d’échanger des messages, des photos, des vidéos, des contenus de toutes sortes.

Au sens strict du terme, Facebook n’est pas un réseau social mais une société qui en fournit les moyens. Le réseau social, c’est nous qui le formons et le faisons vivre, ce n’est pas Facebook. Ce sont les utilisateurs qui lui donnent vie, qui l’alimentent, qui le rendent vivant, viral, incontournable, tout cela étant soutenu et financé par des millions d’annonceurs qui achètent quelques secondes de notre attention.

Facebook ne crée pas de FakeNews (ou de vraies news d’ailleurs) et ne les partage pas. Ce sont des organisations extérieures à Facebook qui le font pour de bonnes ou mauvaises raisons, et ce sont les millions d’utilisateurs qui se les passent et repassent jusqu’à créer les inflections de l’opinion. Facebook ne crée pas de bases de données à notre insu mais utilise la quantité astronomique de données personnelles que nous acceptons avec le sourire de partager pour mieux nous connecter à notre communauté.

Certes, Facebook est pleinement responsable de ce qui se passe sur sa plateforme d’un point de vue strictement légal mais le volume des interactions est tel qu’ils n’ont pas les moyens d’exercer cette responsabilité.

La réflexion de Guy Verhofstadt trouve donc toute sa pertinence lorsque l’on prend la peine de séparer les outils des usages. Mark Zuckerberg conçoit et maîtrise les outils qu’il met à notre disposition mais il est tout à fait intéressant de se demander quel est son pouvoir sur les usages. Que peut-il réguler ? Quelle est la réalité de sa maîtrise de ce que nous faisons du réseau ? De par le nombre de ses utilisateurs connectés, Facebook est-il devenu un monstre totalement hors de contrôle ?

Ce sont des questions qui dépassent les débats technologiques, ce sont de vraies questions de société. Sommes-nous condamnés à entendre et prendre acte des excuses de Mark Zuckerberg ?