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Cinq cents millions. C’est le nombre d’utilisateurs que draine le réseau social "Facebook" dans le monde. Poster des photos, des vidéos, des commentaires, discuter en ligne avec ses "amis", etc. Le champ d’interactions est infini. Et le succès auprès des jeunes foudroyant. A tel point qu’aujourd’hui près de 100 % des adolescents ont créé leur profil Facebook.

Comme des milliers de jeunesBelges, Julie, Alexandre, Laurent (prénoms d’emprunt) et quatre autres ados de 12 à 18 ans du Service d’accrochage scolaire (SAS) du Brabant wallon surfent sur Internet; "chattent"; jouent à des jeux vidéos; Mais, hormis les services innombrables qu’offre la Toile, connaissent-ils Internet, ses règles et ses dangers ?

Dans la pièce principale du SAS, une large table et trois longs bancs de bois ont été installés face à un écran de rétroprojecteur. Les sept ados y ont pris place. Ce matin, ils reçoivent Christophe Butstraen, médiateur scolaire pour le Brabant wallon. L’objet de sa visite ? Les informer sur "Internet, ce qu’il faut savoir pour surfer sans danger", une animation qu’il adresse également aux enseignants et aux parents. Pourquoi ? "En tant que médiateur, les deux premières situations que j’ai dû régler relevaient de jeunes gens renvoyés de l’école à cause de problèmes liés à Internet", se souvient Christophe Butstraen. Par ailleurs, "je suis papa de trois adolescents qui à cette époque-là commençaient à surfer, télécharger et chatter. C’est en m’intéressant à ce qu’ils faisaient que j’ai découvert toute une série de problématiques qui pouvaient survenir sur Internet".

En un rapide tour de table, quelques points noirs sont déjà identifiés. "Combien de chansons peut-on télécharger sur le Net ? 50, 500, 5 000 ?", lance le médiateur. "500!", assure Alexandre. "Non, 5 000 !", renchérit Laurent. "Et bien, non ! Zéro ! Car dans la plupart des cas, le téléchargement est totalement illégal", répond Christophe Butstraen, devant les ados, consternés. L’animation reprend : "Qui a un profil Facebook ?" Tous les bras se lèvent. "Vous devez vous inscrire pour être sur Facebook. Je sais qu’à votre âge ce qui compte c’est d’avoir le plus d’"amis" possible, mais veillez à bien remplir les paramètres de confidentialité." "Moi, j’ai mis que j’avais 20 ans pour m’inscrire car comme je n’en avais que 13, je ne pouvais pas y accéder", lâche, sourire en coin, Alexandre

Pour Olivier Bogaert, en charge des nouvelles technologies au sein de la police judiciaire fédérale, "ce qui frappe pour le moment, ce n’est plus tellement Internet, mais bien les réseaux sociaux". Et de pointer "trois phases" : 1° le chat, 2° le chat et les blogs, et 3° les réseaux sociaux "avec le service tout en un tel que Facebook où il y a possibilité à la fois de chatter, publier des photos et vidéos, etc.", précise-t-il. "A cela vient s’ajouter la mise à disposition pour des prix tout à fait raisonnables d’outils mobiles comme les Smartphones qui permettent la capture de situations en vidéo ou en photo et la mise à disposition en ligne très rapidement."

Selon une enquête menée par Christophe Butstraen en 2009 auprès de 2 800 jeunes de 12 à 15 ans, 95 % des jeunes ados possèdent un, parfois deux GSM, dont 63 % disposent d’un accès Internet possible. Face à l’effusion de ces nouvelles technologies, "les écoles souffrent d’une perte de contrôle car elles ignorent ce que les enfants et ados ont sur eux et avec eux", constate Olivier Bogaert. Conséquence ? Les dérapages sont de plus en plus fréquents.

Photos dans le vestiaire lors du cours de gym, vidéos d’ébats amoureux entre deux ados, photos de professeurs en cours et commentaires peu élogieux à la clé, insultes entre élèves, Le harcèlement et l’atteinte à l’image constituent les principales dérives des réseaux sociaux. "Malgré le numérique, les ados continuent à fonctionner comme si le message diffusé était limité à un cercle restreint : les copains ou les "amis" Facebook. Mais ils oublient qu’il y a les amis des amis et que leurs propos sont référencés par les moteurs de recherche", explique M. Bogaert.

Christophe Butstraen détaille de son côté : "Auparavant, le jeune harcelé par des élèves de sa classe, le bouc émissaire, avait du répit après 16 h lorsque les cours s’arrêtaient. Maintenant, ce répit n’existe plus puisque quand cesse le harcèlement verbal et physique avec la sonnerie des cours, commence le harcèlement virtuel et ‘SMSique’". Les répercussions sur le jeune peuvent s’avérer très lourdes : repli sur soi, agressivité, voire suicide. "J’ai eu connaissance de jeunes qui s’étaient pendus", déplore Olivier Bogaert. Néanmoins, "il faut raison garder car certes, ce sont des situations dramatiques mais, heureusement, peu nombreuses", temporise M. Butstraen.

Inutile donc de diaboliser à tort les technologies de l’information et de la communication (TIC) et la génération "multimédia". "Les adultes sont aussi pas mal concernés, ne l’oublions pas. Mais il est vrai que les jeunes trouvent un intérêt tout particulier parce que Facebook, les GSM, etc. sont des instruments de socialisation par excellence - c’est presque un passage obligé - et de construction identitaire", analyse Pascal Minotte, psychologue, psychothérapeute et chercheur à l’Institut wallon pour la santé mentale.

Le web 2.O., les GSM, ne sont pas près de disparaître, bien au contraire. Il importe donc d’informer élèves, parents et corps enseignant. Et pour cause, selon une enquête menée en 2010 par Profil Technology, spécialiste du filtrage de contenus Internet, un parent sur trois se déclare très inquiet quant à l’usage des réseaux sociaux par ses enfants.

"La plupart des fois où j’ai rencontré des parents devant un problème lié à Internet ou à des communications informatisées, c’était l’étonnement voire le désarroi", confie Gilbert Brancart, directeur du Collège Ste-Gertrude de Nivelles. "Ils n’imaginent pas que leurs enfants peuvent faire ça. Or, hormis les parents qui sont confrontés à ces situations, les autres ne sont pas conscients qu’en tant que responsables de mineurs qui font des bêtises, ils risquent parfois gros." Et leur progéniture aussi puisque, dans certains cas, elle peut se retrouver devant le juge de la Jeunesse. Quant aux professeurs, M. Brancart leur conseille, bien que cela relève de la sphère privée, de "faire attention" à devenir "amis" avec des élèves.

Pour l’heure, aucune législation n’existe en la matière; il incombe aux écoles seules de décider. Dix établissements scolaires du Brabant wallon et de Bruxelles ont donc décidé de s’atteler ensemble à la gestion des dérives liées aux nouvelles technologies. Depuis le 1 er septembre est intégré dans leur règlement d’ordre intérieur respectif une charte reprenant les "règles pour le bon usage des TIC". Les élèves ont également été invités à se joindre à la réflexion en participant au concours de dessins "Je surfe responsable". Objectif ? Créer un logo qui sera commun aux écoles ayant adopté la charte. Tous les dessins nominés sont exposés ce mardi 18 janvier au Collège S te -Gertrude. Le lauréat du concours, Guillaume Derycke, élève de 2G du Collège, y recevra son prix : un iPad