Faut-il arrêter de nommer les enseignants à vie ?

ABONNÉSEntretien : Monique Baus et Valentine Van Vyve Publié le - Mis à jour le

Opinions

Seuls trois profs sur dix refuseraient qu'on touche à ce statut, d'après l'enquête effectuée par la députée flamande Ann Brusseel. Côté francophone aussi, la question a été posée à la rentrée, notamment par le Segec. Alors, tabou ou plus tabou?


Oui pour Ann Brusseel, députée du parlement flamand (Open Vld)

L’idée serait de remplacer l’actuelle nomination à vie par un contrat à durée indéterminée : quelque chose de solide qui, à la fois, garantirait la stabilité du travail mais permettrait aussi une certaine flexibilité. Le carcan actuel est trop rigide et empêche toute mobilité. Il rend également trop difficile l’entrée des jeunes dans le système et l’écartement de ceux qui ne font plus correctement leur travail.

Vous avez récemment lancé une grande enquête en ligne auprès des enseignants, portant sur toute une série de problématiques dont le système en vigueur, partout en Belgique, de nominations à vie. Pourquoi cette démarche et quels en ont été les résultats ?

Mon objectif était d’avoir une image correcte de ce que signifie exactement être professeur aujourd’hui. Quelles sont ses tâches et, dans celles-ci, quel est l’équilibre entre les tâches administratives, les préparations de cours et les tâches pédagogiques, par exemple. En tout, il y avait 78 questions dont plusieurs concernant le statut des enseignants. Parmi celles-ci, j’ai sollicité le sentiment des enseignants sur l’idée de remplacer l’actuelle nomination à vie par un contrat à durée indéterminée : quelque chose de solide qui, à la fois, garantirait la stabilité du travail mais permettrait aussi une certaine flexibilité. Et j’ai été incroyablement surprise de voir que la toute grande majorité des répondants n’était pas opposée à ce changement (49 % d’accord, 19 % neutres et 32 % opposés).

Comment comprenez-vous cette étonnante tendance ?

En tout cas, cela n’a rien à voir avec la rancoeur de ne pas être (ou de ne pas encore être nommé) puisque 70 % des enseignants de l’échantillon sont eux-mêmes nommés. Ce qu’on voit par contre, c’est qu’une grande partie de ceux qui sont favorables au changement sont plutôt jeunes (et je répète donc : jeunes ne veut pas dire pas encore nommés). Ce statut a d’énormes inconvénients. Le principal est le manque de flexibilité. Même si vous êtes nommé, vous pouvez avoir envie à un moment d’aller donner cours ailleurs. Ce n’est pas toujours possible. Vous envisagez peut-être d’enseigner une autre matière. Ce n’est pas toujours possible non plus. On est dans un carcan très rigide qui empêche la mobilité, et qui empêche aussi de pouvoir écarter un collègue qui, éventuellement, ne travaille plus comme il faut. Quand vous constatez que le niveau de l’enseignement diminue, vous ne pouvez pas toujours y faire quoi que ce soit… Des directeurs ont témoigné dans ce sens pour dire que le système actuel n’est pas toujours synonyme de qualité. Et ce sont les élèves qui en sont les victimes. Autre gros problème : ce carcan rend difficile pour les jeunes enseignants d’entrer dans le système. Vous devez courir d’un intérim à l’autre, vous avez très peu de stabilité et vous voyez des collègues qui sont bien installés et qui, pourtant, ne travaillent pas toujours mieux que vous. C’est le contraire de ce qu’il faudrait faire pour encourager et soutenir les jeunes enseignants dont on sait qu’ils sont très nombreux à quitter l’enseignement avant cinq ans d’ancienneté. Je suis certaine qu’un bon contrat avec un meilleur statut pour ceux qui commencent serait une bonne chose.

Selon vous, ce système de nominations à vie a-t-il aussi des qualités ?

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