Opinions Les instituts de sondage se sont-ils (lourdement) trompés dans leurs anticipations des résultats du 1er tour des élections présidentielles françaises ? C’était la tonalité de dimanche soir et de la journée de lundi, où cela s’imposait presque comme une évidence. La chose est pourtant (très) loin d’être sûre si on veut bien lire convenablement une enquête d’opinion, en intégrant la probabilité que les résultats annoncés soient justes et les marges d’erreur.

A partir de là, une comparaison entre le résultat réel et les résultats annoncés indique que nous devons avoir un regard très nuancé sur l’échec supposé des instituts de sondage, à tout le moins de certains d’entre eux. Prenons les dernières intentions publiées par quatre instituts de sondage - Ipsos, Ifop, Sofres et Opinion Way - et comparons (voir tableau ci-dessous).

Que pouvons-nous constater ? 1. Contrairement à ce qui a été beaucoup dit et écrit, les instituts de sondage ne se sont pas trompés sur le classement. Tous donnent un classement correct des dix candidats, avec la nuance pour la Sofres qui n’avait pas départagé François Hollande et Nicolas Sarkozy. Soulignons notamment que tous annonçaient Marine Le Pen en troisième position.

2. Qu’à l’exception du score de Marine Le Pen - et encore - et de Jean-Luc Mélenchon, leur anticipation est extrêmement proche du résultat final. 3. Que si on appréhende les résultats présentés en intégrant les marges d’erreur (ce qu’il faut bien sûr faire), il n’y a qu’un score qui détonne parfois : celui de Mélenchon, en particulier pour Opinion Way et l’Ifop (surestimé par rapport à la branche supérieure de la marge d’erreur).

4. Il ne faut pas oublier que les derniers sondages réalisés s’accomplissent à cinq jours du scrutin. Or, le vote se cristallise très tard pour un certain nombre d’électeurs.

Ces observations ne signifient pas qu’il faille sacraliser le travail des instituts de sondage (très loin s’en faut) et qu’ils ne peuvent être soumis à la critique, mais que le commentaire et l’analyse nécessitent de regarder et décortiquer très précisément les chiffres. Pour ce qui a trait aux quatre instituts de sondage traités, il faut somme toute souligner leurs bonnes anticipations alors même que cet exercice est pourtant très difficile à mener.