Opinions
Une opinion d'Olivier Colin, ingénieur de gestion et économiste. 


Face à une perte de sens de l’engagement politique, il faut replacer les débats au cœur de notre démocratie.


Qui n’a jamais joué au jeu de la machine attrape-peluche ? Vous savez, cette caisse en verre dans laquelle le joueur tente d’attraper une peluche à l’aide d’une pince mécanique dont il commande les mouvements. Enfant, nous avons tous vu notre regard plein d’espoir s’éteindre en apercevant la peluche glisser entre les mailles de la pince, comme si le jeu avait été conçu pour nous faire rêver sans jamais nous permettre de l’obtenir. Cette notion d’espoir, le monde politique a su la cultiver à sa manière depuis des siècles : le changement c’est maintenant, "yes we can", une page blanche pour Bruxelles…

S’ils usent tous de la même expression, combien de nos responsables sont réellement capables de concevoir l’action politique autrement ? Quelle crédibilité porter à leur conviction quand elle se détache de leurs actions ? Des élus qui parlent de décumul intégral sans l’appliquer à eux-mêmes, un président de parti de 66 ans qui termine son cinquième mandat en parlant de renouveau, des députés bruxellois dont la moitié a plus de 50 ans ou des parlementaires européens rémunérés près de 10 000 euros par mois et dont les taux de présence pour certains pays dépassent à peine la barre des 10 %.

Dans un tel contexte, l’approche des élections communales m’a forcé à m’interroger sur le sens d’un engagement politique pour le jeune trentenaire que je suis. Cette recherche de sens ne constitue pas une aporie imaginaire. Il m’est difficile d’aborder la question du sens de l’engagement sans examiner les préjugés que chacun d’entre nous nourrit à l’égard de la politique. Celui qui revient le plus souvent est d’ordre purement matériel. Lorsque je vois l’engagement admirable et l’implication sur le terrain de nombreux mandataires locaux et lorsque j’aperçois la méfiance, voire la haine à laquelle ils sont chaque jour confrontés, j’ai du mal à imaginer que l’intérêt financier ne puisse jouer le moindre rôle dans la décision de s’engager.

D’autres considéreront qu’à côté de l’appât du gain, la recherche du pouvoir constitue un facteur déterminant. Les dérives totalitaires et les nombreux abus constatés depuis des décennies tendent à donner beaucoup de poids à cet argument. Nonobstant que l’on puisse discuter des dérives d’un engagement de trop longue durée, j’ai beaucoup de mal à croire qu’il puisse être à l’origine même d’un investissement en politique. Tout d’abord parce que la conjugaison de son engagement et de ses idées engendre auprès du responsable politique une tension constante entre ses convictions et ses doutes. Ensuite, parce que le chemin à parcourir est tellement semé d’obstacles, de sacrifices et de dons de soi qu’il me paraît impossible de réussir en s’appuyant sur une simple recherche de pouvoir.

Issu de la génération Y, on me décrit comme faisant partie d’une génération impatiente, en quête de sens, à la recherche d’une mission plutôt que d’un travail, qui a grandi avec les réseaux sociaux et leurs filtres sur la réalité, incapable d’apprécier ce qu’elle possède et à la recherche de bons leaders capables de la faire grandir mais le plus souvent bridée par le système. Dès lors, puissent nos leaders politiques donner à cette génération les cartes pour libérer pleinement son potentiel. Notre monde politique a tout autant besoin de ces jeunes pleins d’espoir que de l’expérience que les leaders incarnent. Aristote disait que l’homme serait par nature un animal politique. Son discours lui permettrait d’exprimer l’utile et le nuisible, le juste et l’injuste. Il serait le seul à avoir le sentiment du bien et du mal et les notions morales. L’espace politique serait alors le lieu de débat dans lequel une pluralité d’êtres différents et égaux pourraient organiser la vie en commun.

Le besoin de l’homme de s’exprimer dans cet espace serait donc à la base de son engagement : défendre l’intérêt général en partageant ses convictions, ses valeurs et son sens de l’éthique. C’est avant tout pour cette raison que le citoyen décide de s’engager. Puissions-nous replacer cet espace de débat au centre de notre démocratie, et rendre à la politique le sens qu’elle devrait avoir.