Faut-il enseigner le wallon?

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Opinions YVES PAQUET

Membre des ASBL Li Ranteule, Li Chwès´, dès Walons Scrîjeux d'Après l'Banbwès, dès Chnapans, dè l'Soce dès r'causeûs d'Bèrtri (*).

Nosse langue Walone èst spotchîye à r'laye´ (écrasée)! Je pense qu'il est nécessaire de multiplier ses efforts `nin r'waîti à one twatche´, en matière de défense de la langue wallonne en cette période où l'on n'entend parler que d'uniformisation, de mondialisation et de dévotion au maître tout-puissant nommé Dieu-Argent. Force est de constater que nous nous heurtons à une somnolante indifférence de nos décideurs en matière de défense et de sauvegarde de la langue wallonne malgré les initiatives de quelques bénévoles. Les monuments et sites de notre région font partie intégrante du patrimoine historique, culturel et architectural wallon qu'il y a lieu de faire découvrir. Ainsi en est-il de même de nos richesses linguistiques régionales que nous nous devons de transmettre à nos enfants via l'école, d'une façon la plus amusante et la plus didactique possible, au risque de voir se fondre et se confondre le sentiment d'identité et d'appartenance.

Bien au delà de préoccupations orthographiques et de polémiques stériles sur le bien fondé d'un système de transcription en r'fondu ou de transcription orthodoxe du wallon, j'avance l'hypothèse qu'au plus nos jeunes seront proches du parler et de la culture de leurs `tayons èt ratayons´ (ancêtres), au plus ils seront ouverts sur le monde et prêts à s'intéresser aux langues et aux cultures avoisinantes. Tout autant qu'une `Maclote´ (danse wallonne) ou un `saurot´ (vêtement typique), une `ratoûrnûre walone´ (expression imagée) est une manière de dire et de lire le monde qui `èst bin da nos-ôtes´ et qui fait que nous sommes différents de nos voisins les plus proches.

Dans l'Europe des régions, la Wallonie serait-elle aphone, incapable de prendre ses richesses en main, adhésive à ce point qu'elle ne pourrait que copier une culture dominante? N'aurions-nous plus rien d'autre à transmettre que des images de téléréalité, de violence, de modèles culturels copiés sur d'autres? C'est de notre creuset culturel et de la mise en valeur de nos modèles dont il s'agit à travers la sauvegarde du wallon. Les études pédagogiques et psycho-linguistiques montrent qu'au plus nos jeunes enfants sont éduqués dans un bilinguisme précoce, au plus ils acquièrent des compétences pour apprendre les autres langues plus tard. Alors pourquoi ne pas remettre nos langues endogènes à l'école dès la maternelle et le début des primaires comme cela se fait en Catalogne, en Bretagne ou au Luxembourg?

L'intérêt de remettre le wallon au goût du jour dans les médias et surtout à l'école est bien de restituer et de rendre aux Wallons quelque chose de leur identité qui leur a été confisquée vers 1920 quand fut énoncé de manière explicite l'interdit: `Tu ne parleras plus wallon à l'école´. A l'époque, `lès p'titès djins´ ont cru qu'en donnant leur langue au chat qui ne miaulait qu'en français jusqu'à la première moitié du siècle, anglais en seconde moitié, ils allaient améliorer les conditions socio-économiques de leurs enfants et leur permettre, en faisant l'autosacrifice de la langue, d'être mieux qu'eux.

Si nos décideurs culturels et politiques n'essayent pas de sauver ce qui peut encore l'être, c'est une manière d'être au monde qui risque de s'en aller avec les derniers locuteurs naturels. Je ne suis pas prêt à me résoudre à ne pratiquer le wallon que comme une langue morte, dévitalisée, ni d'accepter de la ranger dans les recoins perdus d'une bibliothèque. `Li walon, c'èst-on lingadge po viker avou!´ Une langue faite pour être parlée dans la vie de tous les jours.

A nous de déployer notre créativité pour l'actualiser.

© La Libre Belgique 2003

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