Opinions

Vous êtes à la tête de la Maison des cultures et de la cohésion sociale, quelle est votre analyse de la situation à Molenbeek ? J’ai découvert, encore une fois, avec stupéfaction, l’ampleur que les médias donnent à cet épiphénomène. Cela m’irrite. On parle de quoi ? De deux sociétés, plutôt néerlandophones, qui se cloîtrent dans un quartier. Elles font relativement peu d’efforts pour s’intégrer. Son personnel vient y travailler, mais cela ne concerne absolument pas les habitants. Les petits faits de délinquance et d’insécurité qui s’y sont déroulés se passent dans toutes les communes, pas uniquement à Molenbeek. On prend Molenbeek comme vaisseau amiral de l’insécurité à Bruxelles. J’habite Woluwe, ou plutôt je dors à Woluwe et je vis à Molenbeek. Si on prend l’autre bout de la lorgnette, à Molenbeek, vous avez une autre qualité de vie, nettement plus intéressante, que ce qui se passe à Woluwe, dans les cités-dortoirs. Cela fait 8 ans que je travaille ici, j’ai zéro problème, zéro souci. Cela dépend vraiment de la manière dont vous vous ouvrez à votre quartier. Molenbeek doit faire face à une série de défis qui en font un laboratoire pour la jeunesse de Bruxelles.

De quoi voudriez-vous que la presse parle par rapport à Molenbeek ? De l’or noir de Molenbeek. On a ici des jeunes qui ont des talents phénoménaux. Ce sont des personnes brillantes, qui vont dans des écoles malheureusement ghettoïsées. C’est la base du problème. Qu’est-ce qu’on fait dans l’enseignement ? Qu’est-ce qu’on fait pour les crèches ? Qu’est-ce qu’on fait pour les mères seules avec plein d’enfants ? Continue-t-on à regarder le furoncle qui bousille la face ou bien regarde-t-on la totalité du corps ? Et si l’on regarde les fondations, quels sont les moyens que l’on y met ? Le défi, il est là. Qu’est-ce qu’on fait pour ces jeunes, pour leur avenir ? Quel modèle ont-ils ?

Outre les vols, les actes de vandalisme, les agressions, certains sont indisposés parce que des quartiers deviennent de plus en plus “monocommunautaires”. Avec des cafés qui ne sont plus fréquentés que par des hommes et où on ne sert aucune boisson alcoolisée. A la Maison des cultures et de la cohésion sociale, on sert du vin et de l’alcool… Pour moi, tout est dans la manière de regarder la personne que vous avez en face de vous. La première chose que nous essayons de faire avec les 40 000 enfants qui viennent ici par an - et je ne dis pas que c’est facile, comme je ne dis pas que c’est plus facile au collège Don Bosco de Woluwe -, c’est de faire comprendre le respect. Il y a des règles de vie. Par ailleurs, ce n’est pas parce qu’on est dans un quartier "monocommunautaire" qu’on se devrait de refréner notre culture. Comme la brassicole. On peut boire ici toutes les trappistes, cela nous permet de parler de cela avec notre personnel. Ils sont ouvriers la journée et barmen le soir. Je leur apprends à servir la Westmalle comme il faut. On a aussi une académie de dessin. On y emploie le modèle vivant, le modèle nu. Régulièrement, nous avons des expositions. Pour le moment, il y a une femme géante complètement nue qui enfonce sa tête dans un bel arbre. Elle a son postérieur largement ouvert sur la cour. Les personnes se donnent rendez-vous devant cette sculpturale madame et on en parle. Il n’y a pas eu de dégradation. A partir du moment où vous expliquez les choses, je pense que 95 % du chemin est fait.