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Une école choisit de ne plus fabriquer de cadeaux pour la fête des mères et des pères, par respect pour les situations les plus délicates. De quoi susciter la grosse colère de certains parents sur Facebook. Vous en avez débattu sur lalibre.be: pas question de toucher à ces rendez-vous pour la majorité d’entre vous!

La question formulée dans le titre est volontairement provocante et ce n’était nullement l’intention de l’école d’où le débat a été relancé de supprimer quoi que ce soit. N’empêche. Il y a un an déjà, un autre établissement, situé en France celui-là, faisait le buzz pour avoir remplacé les traditionnelles fêtes des mères et des pères par une "fête des gens que l’on aime". L’idée, "au vu de situations familiales délicates" : que chaque enfant crée avec son enseignante deux objets à offrir aux personnes de son choix.

La réalité nouvelle des familles

Dans quelle mesure la fête des mères et la fête des pères doivent-elles tenir compte des formes nouvelles de réalité familiale ? Une réflexion de fond est menée dans de nombreuses écoles depuis longtemps. Et certaines, comme l’école Singelijn de Woluwe-Saint-Lambert (Région bruxelloise) ont opté pour le changement. En l’occurrence : ne plus faire faire de cadeaux par les enfants dans le cadre scolaire.

Jeudi matin, Dominique Paquot (le directeur) ne cachait pas sa consternation face aux messages injurieux à l’encontre de son établissement postés par certains parents sur Facebook ou envoyés par mail. "Je comprends qu’on puisse ne pas être d’accord" , nous confie-t-il. "Mais toute cette violence nous fait beaucoup de mal à moi et à mes équipes."

"On comblera le vide même si l’école nous prend en traître à la dernière minute." "Ils sont fous" "Quand l’école de tes enfants met à mort la fête des mères, tu te demandes si certains directeurs et leurs équipes pédagogiques..." Le ton général est à l’incompréhension, sauf de très rares exceptions, obligeant le chef d’établissement à envoyer un second communiqué pour préciser le premier, expliquer.

En recherche de sens

Singelijn est une école à pédagogie active, alternative et, surtout, une des seules écoles intégratives de Bruxelles (nous accueillons une trentaine d’enfants souffrant de divers handicaps). "La réflexion sur notre projet est constante, y compris concernant la préparation de la fête des mères. C’est pourquoi les critiques nous blessent tellement. Même si je dois reconnaître que j’ai sous-estimé l’impact émotionnel de ce débat et que notre façon de communiquer n’était pas bonne."

Mais pourquoi ce changement était-il aussi important ? "Ce n’est pas une décision à la légère" , explique Dominique Paquot. "La réflexion est en cours depuis environ deux ans. Dans toutes les classes, nous avions des enfants en très grande souffrance lors de la préparation de ces cadeaux, une préparation qui prenait beaucoup de temps. Il y a des parents décédés, des parents en rupture de contrat qui ne voient plus leur enfant, des familles monoparentales, des couples homosexuels, etc. Nous nous sommes donc questionnés car il était très difficile de gérer ces enfants en difficulté. Comme nous faisons de la pédagogie active, les activités d’art plastique sont nombreuses et nous faisons beaucoup d’activités qui donnent du sens. Or, faire quelque chose d’assez superficiel comme un cadeau imposé par les enseignants n’avait plus de sens pour nous."

L’évolution de la société amène les enfants d’aujourd’hui dans de nouvelles réalités souvent très difficiles dont certains établissements veulent tenir compte. Le directeur insiste : "Notre démarche a été mal interprétée. Nous ne voulons évidemment pas supprimer la fête des mères mais seulement le cadeau fait en classe. Au contraire : on a réfléchi avec les enfants à ce qu’on pourrait faire d’autre pour fêter les mamans et vous verriez tout ce qu’ils ont imaginé : un bisou-câlin toutes les heures, cueillir une petite fleur, préparer le petit-déjeuner,… Tous les enfants ont très bien compris. Les enfants en situation difficile ont déjà été un peu tristes de ces discussions : qu’est-ce que cela aurait été s’ils avaient passé toute une semaine sur leur cadeau ? Je ne m’attendais pas du tout à ce que cette histoire prenne une telle dimension !"

"Certaines mamans pleureront"

Les réactions des parents montrent à quel point le petit cadeau bricolé sera regretté. "Je suis vraiment surpris de lire que certaines mamans pleureront parce qu’elles ne recevront rien… C’est fou ça, non ? On peut dire qu’on aime autrement qu’en fabriquant quelque chose !"

Vous êtes une centaine à avoir débattu avec nous de cette question sur lalibre.be. A 75 %, vous estimez qu’il ne faut pas toucher à ces fêtes car un parent mérite bien quelque attention et qu’une minorité de difficultés ne doit pas porter atteinte à la tradition car des solutions créatives peuvent sûrement être trouvées pour les enfants qui souffrent (lire ci-contre).


Voici quelques-unes de vos réflexions partagées sur LaLibre.be

Non Marie, 70 ans

"C’est un comble ! Une Maman, c’est le plus grand trésor au monde. On ne s’en rend parfois compte que quand on l’a perdue… Ma Maman est décédée depuis longtemps mais, de son vivant, nous l’avons toujours fêtée avec des fleurs et du gâteau. Le fait qu’on ait pensé à elle et qu’on en ait parlé à l’école lui accorde de l’importance dans l’esprit insouciant des enfants. Nécessaire à l’époque de l’enfant roi…"

Non Colette, 58 ans

"Non, même si les couples ne sont plus toujours classiques, laissons la place à la mère. On a tendance à oublier que ce sont les femmes qui portent l’avenir dans leur ventre. J’ai gardé précieusement ce que m’ont offert mes fils car ils montraient une telle joie de dire leur petit compliment… Cela faisait plaisir à mon cœur de mère."

Non Pierre, 50 ans

"Ce serait remplacer les archétypes familiaux irrévocables hérités depuis des milliers de générations par une bienveillance insipide et sans valeur. Une fête des gens que l’on aime n’est pas une bonne idée car nos parents resteront parents même après leur mort, tandis que les gens qu’on aime, on peut les répudier pour un oui ou pour un non, un peu comme les ‘amis’ sur Facebook."

Oui Alice, 24 ans

"Une fête des gens qu’on aime à la place me semble une bonne idée. Tous les enfants n’ont pas de maman. Elle est peut-être morte, peut-être en prison… Ou bien ils en ont deux. Ou ils ont deux papas. Cela dit, j’aimais préparer un cadeau pour ma maman lorsque j’étais petite fille. J’étais tellement fière ! Et puis c’était le seul jour où je n’avais pas honte de lui dire que je l’aime."

Non Wendy, 31 ans

"En partant sur une telle piste, on peut tout supprimer : fête des mères, fête des pères, fête du travail (tout le monde n’a pas de travail), fête nationale (tout le monde n’est pas belge),… Les enseignants peuvent adapter pour l’enfant en difficulté. Peut-être est-ce l’occasion d’expliquer que tout le monde n’a pas la chance d’avoir une maman présente, de parler solidarité, tolérance et ouverture."

Non Joseph, 33 ans

"Ma femme et moi ne sommes pas juste des gens que nos enfants aiment : nous sommes leurs père et mère. Il faut arrêter ce relativisme qui, sous prétexte de reconnaître d’autres formes de vie (souvent honorables par ailleurs), dilue la notion de famille et l’affaiblit. La famille est une notion naturelle et la pierre angulaire de la société, c’est elle qui structure le plus les personnes au cours de leur vie."

Non Amélie, 40 ans

"Il faudrait surtout arrêter, sous couvert du politiquement correct ou d’une soi-disant éthique, de tout lisser et de démailler, peu à peu, les fondements de notre société qui est, à la base, judéo-chrétienne… Je tiens aux cadeaux fabriqués par mes deux enfants. C’est mignon et sentimental. Cela fait de jolis souvenirs."

Oui Julia, 47 ans

"Il faut supprimer cette fête. Nous, Maman, on la fête à son anniversaire. Plusieurs enfants n’ont plus de contact avec l’un ou l’autre parent à cause d’un divorce compliqué. C’est sûr que fêter les mères ne fait qu’amplifier la souffrance de ces enfants. En tant que maman, le cadeau confectionné à l’école a peu d’importance pour moi car ce n’est pas l’idée de mon enfant mais de sa maîtresse."