Opinions
Une opinion de Naher Arslan, Président de la Fédération des Assyriens de Belgique.



La contribution saine de communautés riches d’histoires et de cultures fait avancer notre démocratie, à condition que les descendants de l’immigration s’impliquent dans la vie de tous leurs concitoyens.


A l’appel des urnes, les communautés aux origines non belges sont fortement sollicitées. Le candidat d’une diaspora sur une liste en vaut deux, voire plus, grâce à son réseau communautaire. Véritable maillage au sein de la ville, tous les partis politiques essaient de constituer leurs listes avec des candidats représentatifs de la diversité qui règne en Belgique. Mais au petit jeu "des voix à tout prix", qui gagne vraiment ?

Le communautarisme a fait couler beaucoup d’encre. Le sujet est tourné dans tous les sens, certains rassurent, d’autres s’insurgent. Tous s’accordent en tout cas sur une chose : les diasporas à Bruxelles et partout ailleurs ont un rôle à jouer dans la démocratie locale, nationale, voire européenne de notre nation. Après tout, faire partie d’une diaspora ne fait pas obstacle, que du contraire, au respect des droits et devoirs qui incombent à tous les citoyens belges. L’obligation de voter et le droit de se porter candidat compris.

Mais au fait, qu’est-ce qu’une diaspora ? Bruxelles en compte un certain nombre. Une diaspora est avant tout un groupement de femmes et d’hommes, d’enfants et d’adultes, dont les ancêtres à un moment donné de leur histoire ont fait le choix (volontaire ou forcé, souvent forcé), de quitter leurs terres afin de trouver refuge ailleurs. Cet ailleurs en question devient leur nouveau foyer, qu’ils chérissent bien souvent, pour l’accueil et l’espace de développement qu’il accorde à leurs descendants.

Un carnet d’adresses bien fourni

Pour en citer quelques-unes, nous trouvons des Arméniens, des Assyriens, des Grecs, des Tutsis, des Juifs, des Roms, etc. Toutes ces communautés ont bien souvent en commun un passé tragique dans leur patrie d’origine, un traumatisme, un génocide, qui les a poussées à fuir, à trouver refuge dans cet ailleurs.

Leur choix s’est porté sur la Belgique, en particulier Bruxelles. Ville de culture, melting-pot naturel et laboratoire de la diversité, nous les retrouvons partout. Leur intégration s’est faite rapidement, leur présence est souvent bien discrète. Certaines d’entre elles conservent des liens avec leurs origines culturelles, des liens parfois assez forts qui peuvent les conduire à organiser une partie de leur vie autour de leur communauté. Par conséquent, un membre d’une diaspora, pour peu qu’il ait manifesté son souhait de rester attaché à ses racines, sera bien souvent un personnage au carnet d’adresses bien fourni.

Les réseaux d’humains

C’est précisément ce qui nous intéresse. Tel un Facebook communautaire, la diaspora permet de mettre en contact des individus de tous horizons, de toutes professions et de toutes classes sociales. Lorsque l’on souhaite véhiculer un message, quoi de plus rapide que les réseaux sociaux modernes ? Dès lors, lorsque l’on souhaite toucher des humains en véhiculant un message précis, quoi de mieux que les réseaux d’humains ? Et lorsque le message est politique, porté par une liste ou un candidat, le "jackpot électoral" consiste à pousser ces individus, membres de diasporas, à se présenter sur les listes afin de capter au maximum les voix de leurs semblables.

Est-ce mal ? Oui et non.

Comme écrit précédemment, les membres d’une diaspora ne sont pas exemptés des droits et devoirs auxquels chaque Belge est soumis. Par conséquent, si un Belge de culture assyrienne se présente comme candidat aux élections, où est le problème ? D’autant que celui-ci est légalement déjà électeur depuis sa majorité. Si la politique l’intéresse et s’il souhaite s’impliquer davantage pour le bien de ses voisins, son quartier, sa région ou sa nation, pourquoi ne pourrait-il pas être candidat et se faire élire ? Tous s’accorderont à dire que son choix est un choix noble. Dans ce cas de figure, tout le monde y gagne. L’électeur, qui a la possibilité de voter pour un candidat impliqué, le parti, qui gagne son pari de la toute-représentativité des citoyens belges, et le candidat, dont le souhait de l’engagement se manifeste par une candidature politique.

Mais, là où le bât blesse, c’est lorsque le candidat n’est là que pour figurer sur une liste, avec zéro intérêt pour la politique, et aucune considération d’engagement envers l’électeur. Le parti, la liste en question, misent alors sur ce "jackpot électoral", ces voix facilement gagnées. Les exemples sont hélas bien nombreux en Belgique.

Dépasser la communautarisation

Alors, un fils d’immigré peut-il être candidat ? Je répondrais par l’affirmation suivante : à partir du moment où les descendants de l’immigration se sentent prêts à s’impliquer dans la vie de tous leurs concitoyens, et non plus seulement de leurs "frères et sœurs de culture", alors nous aurons dépassé la communautarisation politique et nous aurons fait avancer notre démocratie par la contribution saine de communautés riches d’histoires et de cultures.